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Par: paperJam.lu  |  Publié le 22.05.2009 0:00

La pérennité! Quelle pérennité?


Fidèle à sa vocation de cercle de réflexion, de think tank, l’Economist Club Luxembourg voulait une table ronde orientée sur les actions politiques à entreprendre pour assurer la survie et le bien-aller de notre économie. Il est resté sur sa faim…

«Au-delà des crises, une stratégie pour la pérennité de l’économie luxembourgeoise»: tel fut le sujet de la table ronde pré-électorale organisée, le 28 avril dernier, conjointement par paperJam et l’Economist Club Luxembourg, avec le soutien de la Chambre de Commerce. Jamais, depuis les années 80 à Luxembourg, une campagne électorale ne s’est inscrite dans une situation économique aussi difficile. Il n’est donc point étonnant que les participants de cette table ronde ont fait preuve d’une extrême retenue.

Résultat? Un consensus situationnel autour des vertus traditionnelles: le rétablissement d’une situation de finances publiques saines à moyen terme, le soutien de la compétitivité, voire de la capacité fiscale de nos entreprises, la mise en œuvre d’un système social exemplaire basé sur la solidarité, la préservation de l’environnement et le développement de notre bien-être général et, bien évidemment, l’élimination de nos faiblesses et la correction de nos déficits…

Tous se sont accordés à dire que des efforts d’investissement sont encore nécessaires, qu’il ne faut pas augmenter les impôts, et qu’il convient d’attendre la prochaine échéance en 2012 avant de réexaminer les estimations à la base du système des pensions. Certes, l’idée développée par François Bausch sur le développement d’une fiscalité basée sur les ressources et non sur les revenus et le travail a pu paraître intéressante. Mais au final, on n’a pas entendu comment faire…

Des différences, ô combien discrètes, sont finalement apparues autour des déficits structurels et des ébauches d’approche. Evidemment, une heure et demie, c’est plutôt court pour aborder autant de sujets aussi vastes et les auditeurs sont finalement restés sur leur faim.

La situation est très mal engagée

La vocation de l’Economist Club Luxembourg n’est pas de rappeler et de dire aux responsables politiques ce qu’ils ont à faire ou à ne pas faire. Qu’il lui soit néanmoins permis de faire part de quelques-unes de ses inquiétudes essentielles.

Sur le plan politique, l’économie luxembourgeoise s’est généreusement développée dans une Europe en paix. Mais à quel prix? Aujourd’hui, la majorité des lois et règlements émanent d’une administration centrale à Bruxelles et limitent sévèrement nos marges de manœuvre et notre flexibilité, y compris celles de la place financière, fleuron et ressource par excellence de notre économie.

La situation est très mal engagée et nos amis voisins, coincés par leurs déficits, nous maltraitent aujourd’hui à dessein. Face à cela, le Luxembourg se retrouve en position de déficit flagrant de communication, tant de la part du gouvernement et des parlementaires, que des professionnels de l’économie et de la finance. Les critiques de nos voisins tombent sur un terrain propice aux préjugés et pavé de jalousies, soigneusement entretenues par des statistiques du type PIB par habitant, aussi malheureuses puissent-elles être. On ne peut que regretter le copinage de certains politiques avec ceux qui nous desservent des remarques odieuses.

Sur un plan national, le Luxembourg a beaucoup distribué de ses richesses et de ses revenus dans une politique sociale et salariale extrêmement généreuse, qui aujourd’hui nous confère un Etat très cher. Trop cher. Les salaires, dans la fonction publique, ne se comparent pas aux salaires de nos voisins et concurrents. Pour la carrière «moyenne», la différence va souvent du simple au double. Pour les enseignants, cet écart peut tripler. Sans compter que nos parlementaires touchent, eux aussi, près du double de leurs collègues du parlement de la Sarre, par exemple. Sur le plan national, ces salaires ne se comparent plus à ceux que peut pratiquer une économie productive et concurrentielle.

Dans un contexte économique d’expansion obligatoire, la combinaison d’une forte demande de logements et de ces hauts salaires fait flamber les prix, sur fond de politique de l’habitat par ailleurs déficitaire. Aujourd’hui, il peut s’avérer impossible de faire venir des travailleurs et notamment des jeunes, faute de pouvoir les loger.

Les dangers d’une telle politique sont imminents, graves et multiples: perte de compétitivité, installation pérenne d’une caste de privilégiés et rupture totale de la cohésion sociale, ou encore rupture amplifiée par des pensions publiques très élevées, en comparaison avec les pensions privées (qui sont, elles, pourtant, largement autofinancées, mais nettement insuffisantes…). Que la moitié des pensions privées payées actuellement ne suffit plus à financer un séjour digne en maison de retraite et que, par ailleurs, 15% de notre population vivent en situation de pauvreté est un parfait scandale.

Finalement, ce système de distribution, bien sélectif, n’est encore soutenable que si la croissance de l’emploi reste au niveau minimum de 3,5% par an, ce qui est économiquement douteux et politiquement suicidaire. Les Luxembourgeois, minoritaires à terme dans leur propre pays, après avoir saigné quelques générations futures, auront simplement disparu. Cela renvoie aux conclusions d’un rapport sur les pensions établi par l’ECL, à redécouvrir (www.ecl.lu).

En matière de distribution, le Luxembourg a beaucoup investi dans le prestige de toutes sortes et dimensions, fort coûteux à long terme, alors que d’autres pays (la Norvège, par exemple), ont investi dans le productif. Il y a deux ans, la suggestion d’un fonds d’investissement public national a été balayée. Un an plus tard, le gouvernement a dû improviser pour renflouer deux des banques systémiques de notre économie, dont une par ailleurs aurait pu nous revenir à son juste prix et en pleine santé il y a quelques années… Une option sacrifiée alors à la myopie politique.

Dynamisme, créativité, courage…

Il y aurait beaucoup à dire sur les déficits de fonctionnement de l’administration publique et des administrations, trop lentes, complexes, réglementaires, peu coopérantes entre elles et peu coopératives envers les entreprises.

Un souci majeur se cristallise également autour de la formation, sévèrement déficitaire au départ, et mal engagée sur le continu, source, par excellence, d’un chômage structurel.

La table ronde a encore insisté sur la diversification de notre économie, mais pour faire quoi? La même chose que les autres, et plus cher encore? Cette seule approche parait bien compromise.

Le Luxembourg s’est installé dans le confort et la Tripartite a développé une logique de distribution à charge des générations futures. D’une logique d’assistanat et de profiteur, il nous faut désormais revenir à des exigences plus modérées, à une solidarité réelle et globale et des investissements productifs. L’avenir sera dans l’innovation: faire du nouveau, autre chose, faire mieux, plus vite, et surtout mieux communiquer et vendre.

La pérennité de l’économie luxembourgeoise ne saurait être assurée que par une exploitation optimale de nos compétences dans un environnement politique, administratif et opérationnel particulièrement propice. Les prochains gouvernement et parlement sont attendus dans la dynamique, la créativité et dans le courage.


 
 
 
 
  



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