Par: Frédérique Moser | Publié le 22.05.2009 0:00
Les stratégies de la relance
A quarante jours du scrutin, alors que les partis étaient encore dans les starting-blocks avant le lancement des hostilités politiques de la campagne, l’événement organisé dans le cadre du paperJam Business Club, en collaboration avec l’Economist Club, a attiré près de 150 personnes à la Chambre de Commerce. Toutes intéressées à connaître les différentes stratégies proposées par les partis politiques pour assurer la pérennité économique du Luxembourg (voir les interviews vidéo sur www.paperjam.tv).
Comme l’a indiqué d’entrée de jeu le modérateur de la soirée, Jean-Michel Gaudron, rédacteur en chef de paperJam, l’objectif de la table ronde n’était pas de revenir sur les ressorts de la crise, mais bien «de se tourner résolument vers l’avenir» et de dessiner de nouvelles pistes d’avenir pour le pays. Pour répondre à ses questions, les représentants des cinq partis représentés à la Chambre des députés, Luc Frieden, ministre du Trésor et du Budget (CSV), Jeannot Krecké, ministre de l’Economie et du Commerce extérieur (LSAP), François Bausch, député (Déi Gréng), Jacques-Yves Henckes, député (ADR) et Georges Gudenburg, secrétaire général du DP (lire leurs interviews sur www.paperjam.lu), sont se prêtés au jeu, alternant positions consensuelles et échanges de piques plus incisives...
Deux ans, tout au plus
Pour Luc Frieden, le premier objectif du prochain gouvernement devra être, sans surprise, de «gérer la crise» tout en garantissant le maintien «de finances publiques saines dans une perspective à moyen terme. Un déficit public temporaire est acceptable (14% en 2009, en tenant compte du plan de sauvetage des banques, ndlr.), un déficit structurel à long terme serait catastrophique pour le pays». Le montant des réserves, accumulées pendant les décennies florissantes, permettra au pays de rester «dans les clous» pendant deux ans et d’assurer le haut niveau d’investissement public permettant de stimuler l’économie locale, sans modifier substantiellement la structure des dépenses publiques.
«Mais si la crise dure plus de deux ans, il faudra, dans un souci d’équilibre, réduire certaines dépenses car il n’est pas envisageable d’augmenter les impôts. Il s’agira notamment de cibler davantage les dépenses sociales», a indiqué le ministre chrétien-social. Lesquelles en particulier? «Cela doit se décider dans le cadre du dialogue social», a esquivé M. Frieden, tout en soulignant la nécessité d’un nouveau cycle de tables rondes sur les pensions (Rentendësch), dans un délai maximal de deux ans.
Une initiative également revendiquée par l’ADR, qui dénonce l’absence de chiffres permettant de cerner précisément l’état des comptes publics et réclame une étude sur le coût des pensions dans le secteur public. «Jusqu’à 2012, il n’y a pas nécessité d’intervenir. Mais le prochain gouvernement devra absolument aborder cette question», a souligné Jacques-Yves Henckes.
L’heure de la ‘green revolution’
Pour François Bausch (Déi Greng), la sortie de crise se fera lentement et la situation devrait rester «difficile pour les finances de l’Etat pendant 4 ou 5 ans». Pour autant, jouer sur le levier de la fiscalité, dans sa configuration actuelle, ne constitue pas le «moyen le plus intelligent pour innover en économie». Le leader des Verts considère que le débat majeur de la campagne électorale devrait s’articuler autour des stratégies à mettre en place pour réduire la dette publique après la crise. «La question écologique a désormais totalement rejoint la question économique. Le moment est propice pour entamer la ‘Green revolution’ et l’une des clés pour y parvenir est de réaliser une profonde réforme de notre système fiscal, pour réaliser un transfert des charges, actuellement axées sur le capital et le travail, vers les ressources.»
Pour M. Bausch, le paquet de mesures anti-crise adopté par le gouvernement «n’est pas à la hauteur des enjeux» et manque cruellement d’innovations. Par ailleurs, la complexité du cadre légal dans lequel évoluent les entreprises et le manque de coopération entre les ministères freinent le développement des activités, des plus traditionnelles aux plus innovantes, selon le leader écolo.
Plus vite, mieux
Intervenant en tant que membre du DP, Georges Gudenburg a renchéri en ce sens, soulignant pour sa part une «mauvaise organisation gouvernementale, la nécessité d’accroître l’efficacité des ministères par le biais de fusions (notamment celui de l’Economie et celui des Classes Moyennes) et le besoin d’avoir une vision plus claire sur les ressources financières de l’Etat». Pour le secrétaire général du parti libéral, qui s’est présenté comme le «seul intervenant de cette table ronde encore en activité professionnelle» – ce qui n’a pas manqué de susciter quelques protestations de forme de la part de ses voisins politiciens! – la situation du pays doit être analysée «ainsi que le ferait un gestionnaire d’entreprise. Dans une entreprise, on trouve des solutions. En politique, la ligne la plus courte pour trouver une issue n’est hélas jamais la ligne droite!»
Cette nécessité de réduire certaines difficultés structurelles qui se font particulièrement jour avec la crise, qu’il s’agisse notamment du besoin d’une meilleure coopération transversale entre les ministères ou d’une vaste simplification administrative, semble trouver l’assentiment de tous les partis. «Nous avons un énorme pas à franchir au niveau de l’efficacité administrative, a admis Jeannot Krecké (LSAP). Pour renforcer la compétitivité économique du pays, il faut engager des réformes pour travailler plus vite, plus efficacement». Sans pour autant bâcler la tâche ou négliger la sécurité des citoyens, notamment dans le cadre des autorisations d’établissement.
Le député Jacques-Yves Henckes estime pour sa part que le Luxembourg devrait davantage tirer parti de sa petite taille et donc de sa flexibilité pour «tailler des costumes sur-mesure aux entreprises, qui ont toutes des besoins particuliers». Pour le responsable de l’ADR, l’une des premières tâches à entreprendre par le prochain gouvernement serait donc de consulter, une à une, les banques et les entreprises du pays pour recenser leurs besoins et tenter d’y apporter des réponses rapides.
Atouts «soft»
Pour redynamiser le tissu économique du pays, le ministre de l’Economie et du Commerce extérieur, expert en fiscalité au sein du parti socialiste, considère que l’attractivité fiscale ne «constitue plus l’élément essentiel pour les investisseurs étrangers. Ce qui compte désormais, ce sont les critères ‘soft’, comme les infrastructures en place, les équipements socioculturels, le savoir-faire et les compétences disponibles... » Jeannot Krecké martèle que la priorité qui devra s’inscrire dans le giron du prochain gouvernement devra être la création d’emplois; et l’écueil à éviter, celui d’une augmentation tous azimuts des cotisations sociales, afin de maintenir le marché du travail luxembourgeois attractif pour les talents venant de l’étranger.
«Le message que nous devons envoyer aux entreprises, c’est d’utiliser le temps de crise pour optimiser les processus, miser sur la recherche et l’innovation. Le nouveau cadre légal qui va être créé dans ce domaine (avec le projet de loi sur la promotion de la recherche, qui fait l’objet de plusieurs amendements, ndlr.) est donc de toute première importance», a également souligné le ministre.
Marge de manœuvre
Après plus d’une heure d’échanges entre les représentants politiques, et, dans une moindre mesure, avec le public, le secrétaire général de la Chambre de Commerce a porté le mot de la fin. Si le débat n’a pas permis de faire jaillir de spectaculaires idées ou d’ouvrir de larges voies vers l’avenir, Paul Emering a cependant constaté que plusieurs consensus s’étaient dégagés des interventions, notamment la nécessité de «sauvegarder des finances publiques saines et de réfléchir à l’avenir du système d’assurance pension. Un autre point consensus permet de constater que nous disposons d’une marge de manœuvre importante pour améliorer le fonctionnement au sein même du gouvernement, et de ce qu’il convient bien d’appeler les ‘facultés’ ministérielles, afin d’accélérer et faciliter les procédures administratives».
Pour Paul Emering, l’un des grands enjeux pour le prochain gouvernement sera également de veiller, comme l’a souligné Georges Gudenburg, à ce que la crise ne mette pas en péril l’un des atouts les plus précieux du Luxembourg: sa cohésion sociale, grandement menacée par la hausse du chômage.

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