JEROME GRANDIDIER
«Entreprendre, c’est d’abord un partage»
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La prochaine édition de paperJam paraîtra
ce vendredi 18 septembre.
La prochaine édition de paperJam paraît ce vendredi. En coverstory: Jérôme Grandidier, qui a, en l’espace de quelques années, a transformé SIT Group d’un simple intégrateur IT en un opérateur télécoms récemment agréé par l’ILR.
Agé de 39 ans, Jérôme Grandidier, diplômé de l’Ecole Supérieure des Technologies et des Affaires de Belfort, a débuté sa carrière au Luxembourg pour le compte d’Econocom en 1995. La société avait développé un système commercial basé sur des revendeurs indépendants. Pendant trois ans, il va développer très fortement l’activité grand-ducale de ce groupe belge coté en Bourse.
Il ne cache pas avoir, à l’époque «attrapé la grosse tête» compte tenu de ses succès commerciaux confirmés de mois en mois. Une «grosse tête» qui a bien vite dégonflé lorsqu’en 1998, il se retrouve brutalement poussé dehors, conséquence de querelles politiques internes… Il rebondit chez CSS où, pendant quatre ans, il acquiert également une solide position sur le marché luxembourgeois. Cette fois-ci, ce sont des problèmes financiers internes au groupe d’origine néerlandaise qui met fin à ce parcours. Mais échaudé par sa première expérience malheureuse, Jérôme Grandidier avait assuré ses arrières en investissant dès 1998 dans la société SIT Group, fondée par Cyril Dagand. C’est, en toute logique, vers cette même société qu’il se tourne alors, emmenant avec lui une grande partie de ses employés chez CSS.
En prenant la fonction de CEO de SIT Group, il a insufflé à cette société son esprit d’entreprise dynamique et concrétise une certaine vision innovante en développant les activités télécoms au point de l’amener au statut d’opérateur reconnu par l’ILR.
Jérôme Grandidier, comment définiriez-vous votre style d’entrepreneur?
«En premier lieu, je ne me vois pas faire quelque chose tout seul. Dans toutes mes expériences, il y a forcément eu une rencontre. J’ai toujours monté des entreprises avec quelqu’un d’autre. Entreprendre, pour moi, c’est un partage. Je ne suis pas intéressé par l’argent en lui-même, ce n’est pas ma motivation première. Ce qui m’intéresse, c’est le fait de créer, de monter des choses et de les partager. A deux, l’avantage, c’est que lorsqu’il y en a un qui a un passage difficile, l’autre peut toujours compenser. Et puis en étant seul, avec qui serait-il possible de partager les grandes satisfactions que l’on vit?
Entreprendre dans le secteur des technologies de l’information n’est-il pas un peu à part par rapport à d’autres activités plus traditionnelles?
«L’important, à mes yeux, est de bien tenir compte de l’environnement, de regarder tout ce qui se passe autour, voir ce qui existe et surtout comment ça peut être amélioré et adapté au pays où l’on se trouve.
Si l’on observe l’essentiel des choses faites au Luxembourg, on constate que les technologies et les processus y sont arrivés à un stade déjà mature. Une nouvelle technologie peut être développée dans un très grand pays, même si elle ne fonctionne qu’à 90%. Les 10% qui restent seront toujours rentables à une grande échelle. Ce n’est évidemment pas le cas au Luxembourg.
En fait, en regardant ce qui se passe dans les grands pays voisins, on a une vision, un peu déformée, mais pas tant que ça, de ce qui va se passer au Luxembourg très peu de temps après. Il y a un certain décalage dans les cycles d’implantation des technologies.
Lorsque nous sommes devenus revendeurs pour Voxmobile, le système existait déjà depuis deux ans dans de nombreux autres pays. Etre un opérateur alternatif n’avait rien de révolutionnaire sur le marché en général, mais ici, c’était assez nouveau.
Comment conciliez-vous développements technologiques et facteur humain?
«Je suis quelqu’un pour qui l’humain a une valeur très importante. Je me considère comme un humaniste épicurien. Mais j’ai aussi l’extrême défaut qu’après avoir été déçu une fois, il est très difficile pour moi de revenir. J’ai, naturellement, tendance à faire confiance aux gens et j’adore l’idée de vivre ces relations.
Je n’ai pas un style de management hiérarchisé, mais je constate qu’on a beau y faire, on finit toujours plus ou moins dans une sorte de tour d’ivoire. Pourtant, ça vaut toujours le coup d’aller voir les personnes, de discuter avec elles, de comprendre. A mes yeux, le technicien qui va aller poser un câble de téléphone a autant de valeur qu’un administrateur de société, car il est sur le terrain, il véhicule l’image de la société et il peut, en plus, faire remonter des informations. Quelqu’un de bien reste quelqu’un de bien, quelle que soit sa place dans la hiérarchie.
Comment cela se concrétise-t-il sur le terrain?
«Je considère que nous sommes là pour réaliser quelque chose ensemble. Pas pour simplement gagner un salaire, mais plutôt pour créer et vivre une aventure collective… Bien sûr, il y a des personnes qui ne se retrouvent pas dans ce style de management, mais je constate qu’il y a de plus en plus de salariés qui travaillent dans des grands groupes, avec de très hautes compétences, mais qui n’y sont qu’un simple numéro. Ils ont beau être des spécialistes géniaux, ils n’influencent en rien, ou si peu, le développement d’un groupe mondial qui brasse des milliards de chiffres d’affaires.
On nous demande souvent comment nous faisons pour attirer quelques-uns de ces cerveaux chez nous. Dans des structures comme la nôtre, à taille plus humaine, les personnes peuvent vraiment se réaliser, s’accomplir. Je connais le cas d’un spécialiste qui, dans un grand groupe, a travaillé d'arrache-pied, pendant près de deux ans, week-ends compris, sans prendre de vacances, sur un très gros projet. Et le dernier mois, au moment où tout allait enfin aboutir, il a été envoyé sur un autre projet pour lequel on avait besoin de lui. Ce sont des choses qui n’arriveront jamais chez nous. J’ai trop de respect pour tout le monde.
Comment vous positionnez-vous dans l’environnement luxembourgeois en tant que créateur d’entreprise?
«Il ne me déplairait pas de pouvoir apporter un soutien concret à d’autres créateurs d’entreprises. Ces dernières années, j’ai eu tous les contrôles fiscaux possibles et imaginables. Mais jamais personne n’est venu me voir pour me dire ‘Tenez, on peut vous aider’.
J’aurais trouvé normal que l’on me dise un jour, alors que l’on avait embauché une centaine de personnes, que tel mécanisme d’aide existe ou bien que l’on me dirige vers un coach professionnel. Quand on a la tête dans le guidon, on ne peut évidemment pas s’occuper de tout ça en même temps soi-même. Ici, si tu as un manque ponctuel de cash dans ta PME, tu meurs. J’attends vraiment davantage que simplement de l’argent de la part d’un institutionnel: du networking, du partage d’expérience.
Le nouveau gouvernement a annoncé qu’il mettrait l’accent sur l’esprit d’entreprendre, notamment dans l’incitation et la formation des jeunes créateurs ou repreneurs d’entreprises potentiels...
«On doit vraiment pouvoir développer ici une vraie culture d’entreprise locale. Il y a des entrepreneurs, des gens attirés par le Luxembourg. Il est certainement possible de faire mieux que ce qui existe aujourd’hui.
Ici, je n’ai jamais reçu le moindre euro d’aide. Je me suis renseigné, mais c’est très compliqué. Je n’ai plus ces soucis-là, aujourd’hui, mais pour une personne qui arrive sur le marché, l’accès n’est pas vraiment facile et l’accueil n’est pas toujours là. Quand on est entrepreneur au Luxembourg, on te regarde encore comme une bête curieuse plutôt qu’un potentiel apporteur de valeur économique pour le pays. Je note quand même qu’il y a une certaine prise de conscience à ce niveau-là de la part des pouvoirs publics, mais ça sera long…»
Retrouvez l’intégralité de l’interview dès vendredi, dans l’édition septembre-octobre de paperJam
