ARTICLE | Par: Jean-Michel Gaudron | publié le 23.09.2009
Communiquer via le web, c’est bien. Rédiger pour être lu et référencé, c’est mieux. C’est sur cette double thématique que la Flupa – l’association France-Luxembourg des spécialistes de l'utilisabilité – organisait cette semaine son 3e petit-déjeuner.
Pour les professionnels de l’ergonomie, la conception d’un site électronique ne doit, en effet, pas se limiter à la simple définition d’un contenu, à son organisation puis à sa mise en ligne uniquement. Elle doit aussi, et surtout, prendre en compte l’utilisateur final, et le placer au centre même du projet.
Selon J.M. Christian Bastien, l’un des conférenciers, l’ergonomie répond à de nombreux détails et questions qu’un concepteur web peut être amené à se poser dans son approche centrée utilisateur. «L’ergonomie, c’est une question d’expertise, mais aussi et surtout une question de connaissance et de méthodes.» Aussi, le consultant et enseignant-chercheur en ergonomie à l'Université Paul Verlaine de Metz préconise un certain nombre de principes directeurs, visant à accroître la lisibilité et l’utilisabilité du site.
Le mode de lecture sur écran, notamment, constitue l’un des éléments clés à prendre en compte en priorité dans cette démarche. Selon l’ergonome, en effet, 79% des lecteurs ont plutôt tendance à balayer la page web du regard, sans la lire intégralement. Par ailleurs, la lecture d’un document sur écran se révèle être 25% plus lente que pour sa version papier. Troisième principe enfin, l’organisation et la présentation des informations sur format papier ne sauraient être identiquement répliquées au média électronique. «Cela implique concrètement que les contenus doivent être courts et organisés, et que l’information la plus importante doit être présentée en haut de page», recommande l’ergonome.
Le choix des polices de caractères est tout aussi primordial: «On sait que les formats de police (sans serif) jouent un rôle de plus en plus important dans la lecture du texte. On sait également que les caractères gras réduisent les performances de l’information, alors que l’italique diminue la rapidité de lecture, commente J.M. Christian Bastien. Aussi, quand on augmente le temps de lecture, on diminue éventuellement la compréhension du texte.»
Si la pertinence et l’accessibilité du contenu web sont des nécessités ergonomiques incontournables en termes rédactionnels, elles le sont tout autant pour le référencement même. «Le positionnement d’un site repose avant tout sur un contenu accessible», explique Isabelle Canivet. La démarche doit aussi suivre quelques règles ergonomiques simples et remplir notamment les conditions d’utilité et d’utilisabilité. Pour la consultante et general manager de la société action-redaction.com (www.action-redaction.com), «le contenu ergonomique doit répondre aux besoins de l’utilisateur (utilité), tout en lui permettant d’atteindre son objectif de recherche (efficacité), sans effort (efficience), et présenter un contenu satisfaisant.»
Du point de vue technologique cette fois, le contenu doit en outre être facilement accessible pour les internautes. Cette notion d’accessibilité allant d’ailleurs bien au-delà de la simple mise à disposition d’un contenu destiné à des personnes présentant un handicap. «Cela concerne aussi les internautes limités par des contraintes techniques (ISDN, petit écran, connexion via le téléphone portable, absence de plug-in flash…)», rappelle Isabelle Canivet. Le concepteur web doit donc tenir compte de ces freins spécifiques.
Seconde contrainte technique, le site doit ensuite être accessible aux moteurs de recherche, et proposer pour cela un contenu qui peut être édité. «Un texte éditable, qu’on peut sélectionner à l’aide de la souris, est à la base du positionnement web, poursuit-elle. C’est le seul élément qui peut être pris en compte par les robots des moteurs de recherche. C’est en outre le seul document reconnu par les synthétiseurs vocaux.» Cette dernière spécificité permet non seulement aux déficients visuels de consulter les contenus mêmes des sites, mais il offre aussi et surtout de nouvelles perspectives en termes de positionnement, le texte éditable pouvant être converti en document audio, sous format MP3 notamment, mais aussi être téléchargeable. Il ouvre donc l’accès à une catégorie plus large, mais aussi plus ciblée, d’internautes.
Grâce à cette démultiplication des contenus éditables, «l’accessibilité peut finalement devenir un levier et un outil marketing, voire même augmenter l’audience potentielle des sites, et ainsi engendrer un retour sur investissement», conclut Isabelle Canivet.