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Karin Riehl (KPMG): «Nous sommes très contents de ces
résultats annuels, car l’année aurait pu être pire.»
(Photo : archive/paperjam Luc Deflorenne)

Par: Marc Auxenfants  |  Publié le 04.11.2009 0:00

Satisfait du présent, soucieux pour l’avenir


KPMG Luxembourg publie un exercice 2009 stable malgré la crise, et met le doigt sur les lacunes fiscales et les risques de réputation du pays.
Nommée il y a un an à la tête de KPMG Luxembourg, Karin Riehl se dit satisfaite du bilan 2009. «Nous sommes très contents de ces résultats annuels, car l’année aurait pu être pire», a d’entrée de jeu indiqué la managing partner. Le cabinet d’audit présente en effet pour la période 2008-2009 un exercice consolidé stable (+1%), avec un montant des ventes qui s’élève à 116,60 millions d’euros (contre 116,5 millions précédemment).

L’année dernière, la société prévoyait pourtant pour 2009 une hausse totale de 11% de son chiffre d’affaires, avec une croissance attendue de 15% dans son activité de conseil. «Le marché des fonds, qui représente notre plus grand segment d’activité, a baissé de 15% au cours de la période», explique Karin Riehl. Cette année, la branche audit contribue désormais pour 56% du revenu total, contre 27% pour la fiscalité et 17% pour le conseil. Mais, des trois métiers, c’est toutefois le dernier qui aura connu une hausse de 17% sur la période 2008-2009, malgré la tourmente financière et économique.

Si la crise a eu en effet un impact important sur ses activités d’audit et «tax», les restructurations d’entreprises qu’elle implique ont permis à l’auditeur de tirer là son épingle du jeu. En cours d’exercice, le cabinet a cependant perdu deux gros clients - Arcelor qui, après sa fusion avec Mittal, est passé dans le giron de Deloitte et la holding luxembourgeoise du géant de la chimie LyondellBasell, placée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites des Etats-Unis. Son portefeuille clientèle reste toutefois inchangé, et se compose principalement de fonds d’investissement (40%), de banques – notamment privées – et d’assurances (25%), et d’entités commerciales et administratives (15%).

Stratégie internationale

Durant la période, l’auditeur aura en outre recruté quelque 120 nouvelles têtes, mais finalement accru son effectif de 15 employés seulement, celui-ci passant de 883 à 898 personnes. Un turnover tout de même élevé, qui coûte à la société quelque 750.000 euros en frais de recrutement purs et porte son budget formation à 2,5 millions d’euros.

Durant cette première année passée à la tête de KPMG Luxembourg, la managing director aura tenu son pari d’intégrer la filiale luxembourgeoise à KPMG Europe LLP, l’entité légale qui comptait déjà entre autres les branches espagnole, allemande et suisse du groupe, rejointes notamment par les cabinets néerlandais, turc, russe, géorgien et ukrainien.

La structure multinationale compte six lignes de métiers (services financiers; information communication et divertissement; industries; consommation; infrastructures, gouvernement, santé; gestion privée). Elle devrait renforcer la stratégie internationale de KMPG Luxembourg et étoffer son portefeuille de clientèles dans ses trois activités de base (audit, fiscalité, conseil).

Karin Riehl semble donc optimiste pour 2010. Elle table ainsi sur une croissance de 5% du résultat, en dépit des défis économiques, prudentiels et fiscaux qui devraient affecter le pays. «Nous restons cependant confiants dans l’avenir, malgré la pression des voisins français et allemands sur la question fiscale, indique-t-elle. L’image du pays, le secret bancaire et l’avenir de la banque privée sont des problématiques que nous prenons très au sérieux.»

Numéro 1 sur le segment de l’audit bancaire, KPMG Luxembourg prévoit un mouvement de consolidation des institutions de la Place. Positive à court terme pour l’activité de conseil, cette concentration bancaire devrait générer à échéance un manque à gagner pour les autres branches. «Le pays doit attirer des filiales de multinationales au Grand-Duché, pour soutenir la communauté bancaire, mais aussi rendre le pays moins dépendant du secteur financier pour son budget», poursuit-elle.

Appel du pied fiscal

Aussi, pour renforcer la compétitivité luxembourgeoise, Georges Bock – fiscaliste, partner du cabinet d’audit et par ailleurs chef de file des tax financial services au Luxembourg – propose quelques pistes de solutions et d’améliorations: faire venir les grands groupes tout d’abord, en «affinant la loi sur la propriété intellectuelle, et en créant un régime fiscal compétitif pour le financement des activités intergroupe»; renforcer l’image de marque et l’expertise fiscale du pays, ensuite: «Le risque de réputation est devenu un risque pour le pays; aussi le Luxembourg doit gérer son image, accroître la qualité et le professionnalisme de ses services, organiser plus avant la profession fiscale»; dans le secteur des fonds d’investissement, enfin, si la mise en place d’un cadre prudentiel (Ucits IV et directive sur les fonds alternatifs) présente des opportunités d’affaires pour le Grand-Duché, ce dernier devra néanmoins rendre son système d’imposition plus compétitif pour capter de nouvelles affaires notamment.

Des suggestions qui, pour l’auditeur, devront impérativement être finalisées dans les cinq années à venir. Le message est clair: «Le Luxembourg doit moderniser son système d’imposition. Il a aussi besoin d’une nouvelle stratégie fiscale pour consolider avec succès sa position dans le monde d’aujourd’hui», préconise M. Bock. Espérons que le gouvernement saura entendre cet appel du pied fiscal.


 
 
 
 
  



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