| Marie-Josée Jacobs a présenté «Luxembourg et microfinance 2015», un atelier de réflexion stratégique (Photo: Luc Deflorenne) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 04.11.2009 0:00
Micro-potentiel?
Il suffit de parcourir le programme gouvernemental ou de se référer aux récents propos officiels pour comprendre que la microfinance fait partie des nombreuses priorités de la législature. «Nous entendons diversifier les activités de la place financière en misant de manière plus ciblée sur la microfinance... », a déclaré le Premier ministre Jean-Claude Juncker le 29 juillet, mentionnant également l’investissement socialement responsable (ISR), la finance islamique ou la philanthropie.
Rappelons que la microfinance est un instrument de lutte contre la pauvreté. Son principe: offrir des services financiers et des crédits à des exclus du système bancaire traditionnel grâce au relais d’institutions de microfinance (IMF).
Semaine de la microfinance
Jeudi 29 octobre, moins d’un mois avant la «Semaine de la microfinance» qui doit réunir les professionnels du 24 au 26 novembre à l’Abbaye de Neumünster, la ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire Marie-Josée Jacobs a aussi présenté «Luxembourg et microfinance 2015», un atelier de réflexion stratégique organisé avec l’ONG luxembourgeoise Ada (Appui au Développement Autonome). «Sur la base d’une expérience de 15 années en matière de microfinance (...), la Coopération luxembourgeoise cherche l’échange de vues et le dialogue entre les acteurs (...)», a expliqué le ministère. Société civile, secteur financier (ABBL, Alfi, agence Luxflag de labellisation des fonds, Fondation du Luxembourg), et ministère des Finances participent aux débats. Avec la bénédiction de la Grande-Duchesse Maria Teresa, décidée à renforcer le statut du Luxembourg en tant que centre d’excellence de la microfinance en Europe et dans le monde.
Le Luxembourg figure dans le peloton de tête des pays les plus généreux en matière d’aide publique au développement, avec une contribution de 0,95% de son PIB. «Le Grand-Duché consacre 19 millions d’euros au projet AFR/017(Afrique/017) qui a commencé en 2008 et court sur cinq ans. Ce projet consiste à renforcer le secteur de la microfinance dans huit pays de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA)», explique Nathalie Close, senior manager chez PwC Luxembourg. Le cabinet participe à ce projet en fournissant un appui technique aux IMF et en mettant en place un guide méthodologique d’audit interne et externe.
45% des encours au Luxembourg
Autre exemple de l’implication des autorités luxembourgeoises: dans sa proposition de budget 2010, le gouvernement a prévu l’exemption de la taxe d’abonnement pour les fonds d’investissement en microfinance, également connus sous l’acronyme VIM (véhicules d’investissement en microfinance). De quoi renforcer encore la position de la Place sur cette niche, alors que, selon l’Alfi, «45% des encours des VIM identifiés au niveau mondial sont basés au Luxembourg». «Le cadre réglementaire en vigueur au Luxembourg permet aux fonds de détenir des prêts, ce qui n’est pas le cas dans certains pays comme la France», explique Valérie Arnold, associée chez PwC Luxembourg.
Mais si le Luxembourg peut être fier des effets bénéfiques de sa générosité dans les pays du sud, il n’est pas certain que ce positionnement génère des retombées économiques sur la Place. Certes, le potentiel de croissance des fonds demeure intact en raison de l’engouement des investisseurs. «De 2005 à 2009, les actifs sous gestion des VIM sont passés de 700 millions à 4 milliards d’euros. Certaines études anticipent une progression à 10 milliards d’euros d’ici à 2015», note Valérie Arnold. On reste malgré tout très loin des 1.700 milliards d’encours total des fonds luxembourgeois.
Surtout, cette activité crée peu d’emplois. En tenant compte de l’ensemble des acteurs impliqués sur la Place (ministère, Luxflag, Plate-forme européenne de microfinance, cabinets de conseil...), le secteur n’occupe aujourd’hui qu’une trentaine de personnes au Grand-Duché, dont 20 chez Ada et 6 chez SOS faim, une autre ONG installée à Esch-sur-Alzette. Enfin, comme pour l’industrie des fonds traditionnels, la matière grise est le plus souvent établie à l’étranger. Ainsi, la Sicav luxembourgeoise Dexia Micro-Crédit Fund, un des plus anciens fonds de microfinance, est gérée depuis Genève en Suisse.

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