| Françoise Hetto-Gaasch: «Le fait qu’il y ait une démarche de prise de conscience de la part des entreprises est déjà un très grand premier pas» (Photo: Luc Deflorenne/Archives) |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 10.11.2009 0:00
Pour exceller dans l’égalité
Inventé en Suisse, à Berne, par la société Rothen Ecotronics, où il est utilisé depuis trois ans avec succès par le Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes; arrivé en Allemagne il y a un mois, l’outil «Logib» (Loungläichheetsinstrument fir Betriber / Equité salariale dans la fonction) débarque à son tour au Luxembourg. Il s’agit d’un instrument d’évaluation de l'égalité salariale qui permet d'analyser si une entreprise garantit ou non une égalité optimale de salaires entre femmes et hommes pour des fonctions égales ou équivalentes.
Cette application n’est rien d’autre qu’un tableur Excel qui base ses calculs sur une analyse statistique dite «de régression», qui étudie l’impact de variables indépendantes (qualification, fonction, sexe…) sur une variable dépendante (le salaire). En l’absence de toute forme de discrimination, la variable indépendante «sexe» doit n’avoir aucun effet significatif sur la variable dépendante «salaire».
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Logib est-il à ranger au rayon des gadgets? Pas forcément. En Suisse, en tous les cas, ce modèle est très fortement ancré dans les mentalités, puisqu’un juge peut même ordonner sa mise en œuvre pour trancher dans le cas d’un litige. Par ailleurs, toutes les entreprises participant à des soumissions publiques doivent montrer «patte blanche» et avoir eu recours à cet instrument pour justifier de bonnes pratiques en la matière.
«Nous n’en sommes pas encore là au Luxembourg, reconnaît Françoise Hetto-Gaasch, la nouvelle ministre de l’Egalité des chances. Mais le simple fait qu’il y ait une démarche de prise de conscience de la part des entreprise est déjà un très grand premier pas. Sans doute un très grande nombre de dirigeants d’entreprises ne se rendent-ils pas compte qu’il y a des discriminations basées sur les rémunérations au sein de leur propre société.» Selon les statistiques du ministère, en 2009, au Luxembourg, un écart salarial de 14% entre femmes et hommes a été répertorié, le salaire horaire brut moyen féminin étant plafonné à environ 87% de celui des hommes.
L’expérience suisse avait, en tous les cas, été suffisamment convaincante pour séduire Marie-José Jacobs, la précédente ministre de l’Egalité des chances, qui avait découvert cette application à l’occasion d’une conférence européenne sur le travail. Pour les entreprises intéressées à utiliser cet outil, la démarche se limite à un simple téléchargement de la petite application Excel (1,3 Mo de taille), disponible en langues française et allemande, et au suivi des instructions. La saisie des données qui serviront aux calculs se fait ensuite soit manuellement, soit par importation de données de bases externes.
Le questionnaire prévoit quatre niveaux de qualification pour décrire chaque poste de travail (postes comportant les travaux les plus exigeants et les tâches les plus difficiles, ou bien des activités simples et répétitives; postes requérant un travail indépendant et qualifié ou bien des connaissances professionnelles spécialisées) et cinq niveaux de position professionnelle (cadre supérieur, moyen, inférieur, responsable de l’exécution des travaux et, enfin, sans fonction de cadre).
800 entreprises concernées
Petit bémol: le logiciel n’est réellement adapté qu’à des structures comprenant au minimum 50 employés et au maximum 10.000. Pour ce qui est de la barrière supérieure, il n’y a pas de risque de dépassement au Luxembourg. En revanche, le niveau inférieur de la fourchette limite grandement l’échantillon total susceptible d’être intéressé. «Cela concerne environ 800 entreprises sur les 24.000 que compte le pays», précise Serge Allegrezza, directeur du Statec. Le service central de la statistique et des études économiques, qui accompagne la promotion de ce projet, est évidemment intéressé par la richesse statistique qui pourrait découler de l’analyse des données. «Il est toujours positif que les entreprises se rendent compte à quel point les statistiques peuvent être utiles. On le remarque dans d’autres domaines, comme la gestion de la qualité, par exemple.»
Le ministère ne s’attend évidemment pas à une ruée des entreprises sur cet outil, mais entend bien en assurer une promotion optimale et en faire un des instruments «obligatoires» dans le cadre de la mise en place d’actions positives par les entreprises. Trois secteurs d’activité seront, dans un premier temps, ciblés: les services, les banques et assurances et le commerce. «Nous allons directement aller les voir et leur expliquer l’intérêt de la démarche», explique Mme Hetto-Gaasch, qui espère toujours voir une dizaine d’entreprises par an mettre en œuvre de vrais plans d’actions «positives».

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