ARTICLE | Par: Jean-Michel Gaudron | publié le 18.11.2009
Avec la promotion, au début de l’été dernier, de Fabrice Godefroid au poste de directeur Securities and Fund services (SFS), Citi Luxembourg a franchi une étape supplémentaire dans sa volonté d’affirmer davantage sa position au Luxembourg, où la banque est, tout de même présente depuis bientôt 40ans. Certes, l’activité, aujourd’hui, n’a plus grand-chose à voir avec celle qui était la sienne en février 1970, alors essentiellement dédiée au private banking. Mais le groupe a également développé, au fil du temps, une expertise en matière de fonds d’investissement qu’il entend, aujourd’hui, capitaliser. Jusqu’en 2005, ce savoir-faire a été uniquement mis au service de fonds internes. Puis, la cession de toute cette branche d’activités au groupe Legg Mason a complètement renversé le contexte, puisque désormais, Citigroup ne s’occupe plus exclusivement que de fonds de tiers.
Ce changement est intervenu quatre ans après un autre virage stratégique pris par Citi au Luxembourg, dont le statut est passé, le 1er janvier 2001, de celui de filiale à celui de succursale de droit anglais directement rattachée à Citibank International plc à Londres. Dans le même temps, toute la branche «private banking» a été transférée vers la Suisse, le groupe souhaitant alors concentrer ses activités luxembourgeoises aux seuls métiers de banque dépositaire et d’administration de fonds.
Frappé de plein fouet par l’effondrement d’une partie du système bancaire américain, sauvé de justesse par l’injection de 20 milliards de liquidités par la Fed en novembre 2008, le groupe a, en janvier 2009, procédé à une scission de ses activités, en créant deux entités distinctes: Citi Holdings, regroupant les activités secondaires et Citicorp, réceptacle de tous les métiers de base de la banque (banque institutionnelle globale et banque de détail). Au sein de cette dernière structure, la business line GTS (Global Global Transaction Services) est l’une des plus importantes, et chapeaute notamment la partie Securities and Fund Services (SFS), qui est l’une des principales raisons de vivre de Citi au Luxembourg. «Au Grand-Duché, nous sommes surtout actifs dans les services tels que dépositaire global, administration de fonds et investissements alternatifs», précise Charles Denotte, Citi country officer depuis mars 2009, officiellement, mais depuis septembre 2008, dans les faits, lorsqu’il prit, d’abord en intérim, la succession de Marc Pecquet, parti en retraite. Il est, en outre, le premier Luxembourgeois à occuper ce poste. «Cela montre l’importance qu’accorde le groupe pour son entité luxembourgeoise, explique-t-il. Il en va de même avec la nomination de Fabrice Godefroid à la tête de l’activité SFS».
Ce dernier, responsable jusqu’alors de divers rôles opérationnels, parmi lesquels le central pricing au sein de l’administration des fonds, ce dernier a eu tout le loisir, ces derniers mois, d’observer les mutations du marché. «La crise a déclenché un processus de changement dans le mode de fonctionnement de nos clients, les asset managers, note M. Godefroid. Nous voulons coller à ce processus. Nous sommes, par exemple, parmi les pionniers à avoir développé des techniques avancées de pooling d’actifs (centralisation des avoirs de différents compartiments d’un même fonds dans un portefeuille commun, ndlr.) en conservant une totale transparence fiscale à travers les véhicules légaux utilisés.» Cite mise également sur la maximisation de «l’effet de groupe» (Citi est présent dans plus de 100 pays) et l’optimisation de ses plates-formes informatiques. Du reste, pas moins de 400 millions de dollars ont été investis dans les métiers SFS, pour la zone EMEA (Europe et Moyen-Orient), pour les développements et innovations technologiques. «La place luxembourgeoise est aussi en mutation, et doit davantage s’orienter vers le service client plutôt que le simple calcul de valeur nette d’inventaire.»
Mais le rôle du nouveau directeur SFS au Luxembourg sera aussi de tordre le cou à l’éternelle notion de concurrence frontale entre les places financières de Luxembourg et de Dublin. «Ce sont deux domiciles obligatoires pour servir nos clients, estime-t-il. Nous avons déjà rapproché nos structures de management pour ne parler que d’une seule voix. Notre objectif est de servir de la même manière les clients qui ont des fonds domiciliés ici et à Dublin. Les asset managers travailleront toujours avec des fonds soumis à ces deux législations.»
Ainsi, par cette approche «régionale», Citi ne s’inquiète pas trop des conséquences éventuelles qui découleront de la mise en œuvre de la directive Ucits IV, même si, aux yeux de M. Godefroid, «le Luxembourg a un certain nombre d’avantages à tirer de cette directive. Mais cela sous-entend qu’il va falloir reconvertir un certain nombre de talents pour travailler autrement et être davantage dans la relation client, plutôt que dans un esprit de ‘manufacture’».
De même, les grandes décisions susceptibles de découler du débat autour du rôle des banques dépositaires n’effraient en rien Charles Denotte. «Nous allons vers davantage de responsabilités de la part du dépositaire et nous estimons qu’il serait sain de renforcer l’obligation de restitution qui est au cœur des discussions. Le fait que nous ayons un très gros réseau propre de sous-dépositaires dans plus de 55 pays nous offre un avantage compétitif que d’autres n’ont pas.»
Et comme pour davantage réaffirmer sa présence au Grand-Duché, Citi est devenu, fin octobre, pour la première fois de son histoire, membre du comité OPC de la Commission de surveillance du secteur financier.