ARTICLE | Par: Jean-Michel Gaudron | publié le 18.11.2009
Un an après le pic de la crise financière, les grandes manœuvres et les restructurations s’accélèrent dans la finance européenne. Et la place luxembourgeoise n’y échappe pas. KBC se sépare de KBL, sa filiale de banque privée rebaptisée KBL European Private Bankers l’année dernière.
«Notre priorité consistera à développer nos plates-formes de bancassurance existantes en Belgique et dans cinq marchés d’Europe de l’Est soigneusement sélectionnés (...)», a déclaré Jan Vanhevel, le CEO du groupe. Il s'agit de la République Tchèque, de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie et de la Bulgarie.
«Nous réduirons fortement notre exposition aux prêts aux entreprises sur les marchés non domestiques ainsi qu’aux activités du marché des capitaux (merchant banking) et nous nous désengagerons également de KBL European Private Bankers. Compte tenu de son niveau de synergie inférieur à la moyenne par rapport à la stratégie de bancassurance, il a été décidé de rechercher un nouveau partenaire stratégique pour cette activité.» Le français Société Générale, l'espagnol Santander ou le suisse Julius Baer sont présentés par les observateurs comme des repreneurs crédibles.
Lors d'une conférence de presse organisée ce mercredi au siège du boulevard Royal, Etienne Verwilghen, CEO de KBL depuis 2002 a estimé que KBC pouvait espérer 1,5 à 2 milliards d'euros de la vente de sa filiale à 99,9%. Il a indiqué que des contacts avaient déjà été établis cette semaine avec des prétendants éventuels. JP Morgan a été mandatée comme banque conseil. Le responsable n'a pas écarté l'éventualité d'une introduction en Bourse, même si cette hypothèse paraît très peu probable. Il a identifié quatre types d'acquéreurs possibles: les grandes groupes bancaires classiques, les spécialistes du private banking, des assureurs qui souhaiteraient se diversifier ou encore des consortiums d'investisseurs. «Nous prenons la situation actuelle comme un nouveau départ, comme une nouvelle opportunité», a-t-il commenté, se montrant également rassurant sur les éventuelles pertes d'emploi. "Les conséquences sociales seront prises en compte dans le choix du repreneur.»
Cette cession aux conséquences lourdes pour le Grand-Duché s’inscrit dans le plan de recentrage soumis à la Commission européenne fin septembre suite aux aides publiques et aux recapitalisations dont l’établissement a bénéficié à trois reprises pour un montant total de 7 milliards d'euros. Le plan a été validé ce mercredi. Dans un communiqué publié dans la matinée, le groupe indiquait que le plan avait «servi de base à la Commission européenne pour évaluer la capacité de KBC à rembourser, dans un délai raisonnable, les titres émis en faveur du gouvernement. Il s’agit d’une pratique courante au sein des institutions financières européennes, qui ont bénéficié de l’aide de l’Etat au cours de l’année écoulée».
Des restructurations de grande ampleur ont déjà été annoncées en Allemagne (Commerzbank, WestLB) et aux Pays-Bas (ING). Elles sont notamment conduites par Neelie Kroes, commissaire européenne en charge de la concurrence. KBC devra également se séparer de certaines de ses activités en Europe de l’Est, notamment en Russie et en Serbie, pour libérer du capital. "La restructuration en profondeur de KBC rétablira sa viabilité à long terme et limitera les distorsions de concurrence, tout en tenant compte des aspects ayant trait à la stabilité financière. J'ai donc la conviction que nous avons réussi à trouver le juste équilibre en étroite collaboration avec les autorités belges", a commenté Neelie Kroes.
KBL European Private Bankers emploie environ 1.050 personnes au Luxembourg et 2.600 au total. Elle possède des filiales dites on-shore dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, Monaco, le Royaume-Uni, la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne depuis avril. Elle gère environ 45 milliards d’euros d’actifs. Les services informatiques, de banque dépositaire et de back-office sont centralisés au "hub" du Grand-Duché. Les activités de private banking portant la marque KBC en Belgique ainsi qu'en Europe centrale et orientale sont maintenues dans le périmètre du groupe flamand.