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Etienne Delorme (Archives paperjam)

Par: Marc Auxenfants  |  Publié le 18.11.2009 0:00

La chute de la maison Oppenheim


Un article de Manager Magazin jette une lumière nouvelle sur les opérations hasardeuses des principaux actionnaires de la banque privée allemande. L’institution concernée s’en défend.
Comment une simple levée de capital, par une institution doublement centenaire, auprès d’un consortium bancaire peut-elle se terminer par sa perte totale d’indépendance?

En septembre dernier, Sal. Oppenheim, la «première banque privée indépendante en Europe» fondée en 1789, n’avait eu d’autre choix, pour lever 300 millions d’euros et réduire sa dette, que de faire entrer Deutsche Bank dans son capital. Annoncée comme minoritaire à l’époque, la participation devait osciller entre 30 et moins de 50%. L’absorption prévue sera finalement intégrale et se conclura pour 1,3 milliard d’euros. Les anciens propriétaires du groupe gardent toutefois une option maximum de 20% de la société mère, dont ils pourront racheter les parts le cas échéant.

Ce rachat met un terme aux opérations menées depuis plusieurs années par les principaux actionnaires de la banque privée, dont la presse allemande a récemment fait un large écho.

Un «complot»?

Ainsi, le mensuel allemand Manager Magazin, dans son numéro daté de novembre, revient sur des investissements qui s’avéreront aventureux et qui finalement provoqueront la chute de la maison Sal. Oppenheim. Dans leur article «Le complot Oppenheim, l’incroyable machination du banquier privé», Sören Jensen et Ulric Papendick montrent en effet comment une «petite clique» d’actionnaires (1) a mis en jeu l’indépendance de la banque pour sauver leur propre fortune. Tout part de Madeleine Schickedanz, l’héritière des groupes Quelle (vente par correspondance) et Karstadt (grands magasins), qui décide en 1998 de fusionner les deux entreprises et d’emprunter pour l’occasion 1 milliard de deutsche marks à Sal. Oppenheim.

En janvier 2001, Karstadt annonce un plan social de 7.000 emplois et commence à afficher des résultats dans le rouge. En novembre 2004, le groupe publie 1,1 milliard d’euros de pertes. De son côté, la banque privée continue à investir dans la pierre et met sur pied, entre 2001 et 2003, cinq fonds d’investissement immobiliers, qui loueront à cinq filiales de Karstadt des immeubles commerciaux au prix fort.

Les véhicules sont constitués conjointement avec Josef Esch, le gestionnaire de fortune privé de Mme Schickedanz.

«Balivernes»

Le groupe KarstadtQuelle, au bord de la faillite, doit opérer une nouvelle levée de capital, et reçoit en 2005 un crédit de 300 millions d’euros de l’institution privée. Madeleine Schickedanz ne pouvant cependant apporter les garanties suffisantes pour couvrir l’emprunt, les six actionnaires principaux de Sal. Oppenheim ainsi que M. Esch se portent eux-mêmes garants de la somme… sur leur propre fortune personnelle.

Selon le magazine, l’opération restera cachée aux autres principaux actionnaires de la banque, au Bafin (le régulateur allemand), et au grand public. Dirk von Manikowsky, le chargé de presse de Sal. Oppenheim, dément cette dernière information et précise que les actionnaires étaient au courant des faits: «Parler de ‘complot’ est donc injustifié et n’est que balivernes», nous a-t-il indiqué, confirmant par ailleurs que le Bafin était informé de la situation, tout comme la Deutsche Bank au moment des négociations.

En dépit de la manne Sal. Oppenheim, le groupe se résout à demander une aide de quelque 650 millions d’euros à l’Etat, avec le soutien vigoureux des principaux actionnaires de la banque privée. Cette subvention de la dernière chance lui est finalement refusée en juin dernier par le gouvernement allemand. Elle marque la fin de l’hasardeuse aventure initiée par le comte Matthias von Krockow et Josef Esch.

Série de questions

Forte de ses déboires, la Deutsche Bank en a profité pour mettre le grappin sur la banque privée. La boucle se referme. Selon toute attente, certains de ces actionnaires devraient quitter définitivement l’institution. Aussi, selon Manager Magazin, l’affaire devra certainement déboucher sur une série de procès au pénal.

«Il n’y a eu ni plainte, ni enquête spéciale de la part du régulateur. Et par ailleurs, aucune plainte, ni enquête spéciale de la part du régulateur ne sont en préparation», dément M. von Manikowsky.

L’opération appelle cependant une série de questions, quant à l’avenir du groupe de banque privée au Luxembourg. Quid de Sal. Oppenheim au Grand-Duché et de ses 232 employés? Quid aussi de BHF-Bank International Luxembourg, qui emploie 34 personnes, et dont le groupe fut racheté en 2004 par Sal. Oppenheim pour 600 millions d’euros? «Le contrat de rachat sera signé par les deux banques encore cette année, précise le chargé de presse de l’institution privée. Le nouveau groupe présentera sa stratégie au cours du 1er trimestre 2010.»

 

(1) Matthias Graf von Krockow, porte-parole et partenaire de la banque, qui a servi de garant avec d’autres actionnaires, pour un prêt à Madeleine Schickedanz et mis en jeu le gros de la fortune du clan Sal. Oppenheim; Friedrich Carl Janssen, actionnaire de la banque mais n’appartenant pas aux trois branches familiales Ullmann, Lindenallee et Eberhard, a selon la presse allemande, beaucoup œuvré pour un engagement toujours croissant de la banque dans Arcandor; Christopher Freiherr von Oppenheim qui a gagé sa fortune personnelle pour un prêt à Madeleine Schickedanz; Georg Baron von Ullmann, le président du conseil d’administration de la banque qui, bien qu’informé des opérations de la banque, n’en a jamais averti les autres actionnaires, selon Manager Magazin.

 
 
 
 
  



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