| Anne Legill (Photo: David Laurent/Wide) |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 23.10.2009 0:00
Anne Legill: "On sent que les gens ont plus envie qu'avant de s'évader"
«J’assure pour les Théâtres de la Ville, c’est-à-dire le Grand Théâtre et le Théâtre des Capucins, un contact direct avec la presse, au Luxembourg et à l’étranger, mais aussi avec les compagnies d’artistes qui viennent se produire au Grand Théâtre. J’ai également en charge la publication de la plaquette de la saison et des campagnes de publicité. Par le passé, j’ai travaillé chez Binsfeld, où j’ai développé mes connaissances en communication, puis à l’Institut Pierre Werner où j’ai davantage touché aux aspects culturels. Dans ma fonction actuelle, je touche aux deux domaines en même temps, ce qui est très enrichissant.
Un produit culturel se vend-il de la même façon qu’un bien de consommation courante?«Le domaine de la culture est très particulier, et sans doute plus encore le théâtre, qui accueille des spectacles de danse, de l’opéra ou du théâtre musical. On ne peut donc pas vraiment parler d’un seul public cible. On essaie évidemment de s’adapter au mieux au spectacle, aux artistes, en gardant à l’esprit que nous sommes un lieu où les spectateurs viennent pour s’évader, se détendre. Ils ne sont pas obligés de venir chez nous, alors nous tenons à réunir toutes les conditions pour qu’ils soient à l’aise au théâtre. Parallèlement, nous mettons tout en œuvre pour que les artistes se sentent à l’aise eux aussi. Et nous avons souvent un bon retour de leur part. Ils trouvent notre public accueillant, réceptif, intéressé et intéressant.
La diversité du public cible vous complique-t-elle la tâche dans la façon de communiquer?«En tous les cas, ça la rend plus intéressante! Il est évident que nous avons une approche différente pour un grand opéra que pour un spectacle de danse avant-gardiste. Mais nous avons développé des formules d’abonnement à la carte qui permettent aux gens de vraiment choisir les spectacles qui leur plaisent. Nous sommes alors sûrs que les gens qui viennent aux représentations sont vraiment intéressés. Cela implique évidemment toute une logistique derrière qu’il faut assumer.
Quelle est votre marge de manœuvre sachant que vous communiquez autour de spectacles qui ont déjà leurs propres supports de communication?«Cela dépend des spectacles. Evidemment, pour l’identité visuelle globale, nous devons rester dans un cadre prédéfini, sans quoi les gens ne s’y retrouveraient plus. Nous voulions, au départ, nous adapter aux affiches des spectacles, mais nous avons rapidement compris qu’il valait mieux adopter une identité visuelle reconnaissable et faire en sorte que ce soient les affiches qui s’y intègrent. Cela permet aux gens de toujours trouver le même type d’informations au même endroit. Nous faisons aussi, en prévision d’une nouvelle saison, une promotion plus ciblée sur le Théâtre en tant que tel, avec quelques insertions dans des magazines spécialisés. Mais pour le reste, nous ne faisons essentiellement que relayer les informations communiquées par le promoteur ou le producteur d’un spectacle.
Dans quelle mesure ressentez-vous l’impact de la crise économique?«Paradoxalement pas trop, si ce n’est en sens inverse. On sent que les gens ont plus envie qu’avant de s’évader. On ne peut pas dire que la crise a joué en notre défaveur. Nous avons pratiquement enregistré 100.000 entrées la saison dernière et nous constatons que la moyenne de spectateurs par spectacle augmente. Il faut souvent se démener, les soirs de représentation, pour que tout le monde puisse trouver une place assise. Mais il faut aussi noter que nous nous appuyons sur une gamme de prix très démocratiques. Il s’agit là d’une volonté de la Ville de donner accès à la culture au plus grand nombre possible… Il y a des opéras que l’on peut voir dans d’autres institutions, à l’étranger, pour 160 euros, et qui sont accessibles, ici, à partir de 25 euros. Sans compter nos tarifs vers les jeunes qui leur permettent de voir n’importe quel spectacle pour 8 euros.
Avez-vous le sentiment d’être encore sur le nouvel élan insufflé par l’année culturelle 2007?«Ce qui a surtout été amorcé en 2007, dans le pays, c’est l’intensification des collaborations avec les institutions de la Grande Région. C’est une tendance qui avait été amorcée en 2003, lorsque le Grand Théâtre a rouvert. Les coproductions se sont énormément développées ces six dernières années. C’est grâce à cela que nous pouvons avoir des créations mondiales, ici, à Luxembourg. Dans la mesure où nous sommes essentiellement une maison d’accueil, nous n’avons pas de troupe résidente, ce qui permet de libérer la salle pendant deux ou trois semaines pour préparer une création. Le temps, c’est le luxe que nous sommes capables d’offrir. Il nous tient à cœur de pouvoir davantage encore développer, voire systématiser, ces collaborations avec différentes institutions nationales et internationales. Nous bénéficions d’une certaine volonté politique de soutien. Une des missions confiées à Frank Feitler lorsqu’il a été nommé directeur du Théâtre, c’était de passer d’un théâtre local à une envergure plus internationale. Il y est parvenu. Il y a 10-15 ans, les journalistes étrangers ignoraient que le Luxembourg existait sur la scène culturelle. Aujourd’hui, nous recevons des demandes permanentes venant de Bruxelles, Londres ou Paris.
Quelles sont vos relations avec les grands acteurs économiques de la Place?«Nous entretenons une très belle collaboration avec KBL et avec BGL BNP Paribas, qui nous soutiennent financièrement sur des productions ponctuelles. Ce volet sponsoring compte beaucoup pour nous, même si nous n’avons pas nécessairement une personne dédiée exclusivement à l’entretien de ces relations-là. Aujourd’hui, beaucoup de nos ressources sont occupées par la seule gestion des aspects juridiques des contrats de coproduction.
Quels sont les grands défis qui vous attendent pour demain?«Notre principale préoccupation reste la qualité de notre programmation qui doit, au minimum, rester au niveau de ce qui se faisait les années précédentes. Evidemment, nos budgets sont plus serrés. Et si le budget 2010 s’avère plus réduit, alors nous devrons nous résoudre à proposer moins de spectacles afin de garantir cette continuité de qualité. La difficulté réside dans le fait que nos budgets sont établis sur des années ‘calendrier’, alors que la programmation d’une saison s’étale de septembre à juin.»

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