| Jean-Luc Dourson (Photo: Julien Becker) |
Par: Nicolas Raulot | Publié le 23.10.2009 0:00
Personne physique
C’est ce statut qui l’empêche selon lui de se développer, tant au Luxembourg qu’au-delà des frontières, même s’il réalise déjà un chiffre d’affaires d’environ 20 millions d’euros par an et emploie 160 personnes. «Notre métier nous impose de plus en plus de jouer les équilibristes et d’enfiler une casquette d’entrepreneur. Il nous faut gérer les charges, le personnel, les loyers, nous équiper avec des technologies de pointe pour améliorer nos services. En plus de l’examen biologique proprement dit, notre activité consiste également à prendre en charge le patient, à transporter les échantillons vers le plateau technique, à interpréter les résultats, à dialoguer avec le médecin traitant. Mais pour tout cela, il faut investir.» Exemples de modernisation récente, médecins et usagers des 39 points et centres de prélèvements Ketterthill peuvent désormais suivre leur dossier en ligne, consulter les résultats en temps réel et accéder à l’historique complet des données. Le laboratoire est également le premier à s’être doté d’un équipement robotique de pointe.
Croissance externe
Selon Jean-Luc Dourson, ces investissements pourraient être facilités et étendus grâce à la croissance externe et aux économies d’échelle. «Nous souhaiterions nouer des liens capitalistiques avec des laboratoires identiques au nôtre dans la Grande Région. Cela nous permettrait de mutualiser les coûts de services annexes, tels que l’informatique, les RH, pour dégager d’autres ressources et atteindre une taille critique suffisante.» Seulement voilà, il y a cette fichue loi de 1984.
Cela fait plus de deux ans maintenant que Jean-Luc Dourson se bat pour qu’elle soit modifiée: «Il suffirait d’en réécrire une ligne», soupire-t-il. Cette fois, il a bon espoir d’obtenir gain de cause: «Le ministre s’est récemment déclaré favorable à étudier la question.» Le 6 octobre dernier, Mars Di Bartolomeo, ministre de la Santé et de la Sécurité sociale, était présent aux laboratoires Ketterthill pour l’inauguration de la chaîne robotique.
C’est pourtant ce même ministre qui avait décidé l’an dernier de réduire de près de 20% les tarifs de remboursement des analyses médicales à partir du 1er janvier 2009. Un vrai coup dur qui a lourdement pesé sur le chiffre d’affaires des laboratoires privés. Les trois rescapés (Ketterthill, Laboratoires Réunis, les Forges du Sud) doivent lutter contre la concurrence des sept laboratoires publics présents sur le territoire. «Cette décision nous a obligés à nous restructurer et à accélérer notre diversification. Dès 2005, nous avions lancé le Laboratoire Luxembourgeois d’Immuno-Pathologie (LLIP) qui effectue des analyses très spécialisées et travaille déjà avec plusieurs pays européens. Ce département, dirigé par le professeur René-Louis Humbel, réalise environ 10% de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, nous devons aller plus loin, jouer sur l’effet volume, récupérer des parts de marché et développer de nouveaux segments, notamment dans le contrôle alimentaire et l’analyse vétérinaire.»
Un discours aussi ambitieux et volontariste pourrait surprendre les non-initiés, alors que la biologie et la santé sont souvent associées à des notions de service public. Le procès actuel de la Clinique du sport en France a montré les dangers de la «médecine-business». Mais Jean-Luc Dourson ne voit rien d’inconciliable dans les deux approches. «Le respect de l’éthique, c’est la base, le fondement à ne jamais oublier. Mais ce n’est pas incompatible avec une vision de marché, avec le développement d’une activité sur un terrain très compétitif. On n’a pas le droit de s’affranchir des contraintes économiques. D’ailleurs, le secteur public pratique de plus en plus l’outsourcing vers le privé.» Pour lui, la meilleure garantie réside dans l’accréditation ISO 15189 que Ketterthill a reçue en juin dernier de la part de l’Office Luxembourgeois d’Accréditation et de Surveillance (OLAS). Cette norme européenne définit les exigences de qualité et de compétence à respecter, de l’accueil du patient à la transmission du résultat.

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