| Jacques Lanners (Photo: Julien Becker) |
Par: Sébastien Lambotte | Publié le 23.10.2009 0:00
L’appétit vient en mangeant
Il prend alors la direction de ce nouvel atelier, en 1984, pour le faire grandir. Au commencement, ils y travaillaient à trois. Lorsqu’il passe la main, en 1989, pour revenir au siège social à Mamer, ils étaient 35. «Cette première expérience m’a permis de mieux appréhender, au-delà des aspects techniques de la production, d’autres paramètres qu’un dirigeant d’entreprise doit prendre en compte. J’ai appris ce qu’était un bilan, comment gérer le personnel, comment améliorer les relations avec la clientèle», précise-t-il. C’est comme ça que, petit à petit, le jeune homme a optimisé la production de l’atelier de Livange tout en apprenant le métier d’entrepreneur. «Ce fut toujours une belle aventure, même s’il y a tout de même eu des moments plus difficiles. Certaines nuits, je me souviens avoir dormi à côté des machines, afin d’assurer la production», se souvient-il.
Travailleur acharné, Jacques Lanners, âgé aujourd’hui de 51 ans, est aussi un être avide de connaissances. «On peut évidemment apprendre beaucoup sur le terrain, mais cela ne suffit pas. Comme pour la pratique d’un sport, si on l’apprend en copiant sur un autre, on reproduira aussi ses erreurs. Il faut donc une base solide et théorique sur laquelle on peut s’appuyer. C’est pareil pour la gestion d’une entreprise. J’ai dès lors suivi une formation en management pour répondre à certaines lacunes de ma formation de base. Et comme l’appétit vient en mangeant, je n’ai plus cessé d’apprendre par la suite. Je suis un fervent partisan de la formation continue.»
Du Luxembourg au Japon
De retour à Mamer en 1989, un autre défi l’attend. Jacques Lanners passe du petit atelier à la prise en charge d’une ligne de production sur laquelle travaillent 115 personnes. A Livange, il était parti de zéro et avait créé un atelier performant à partir d’une feuille blanche. A Mamer, il a dû optimiser une structure existante avec un personnel aux habitudes souvent difficiles à changer. Se présente alors l’occasion, en 1991, de suivre une formation de quatre mois au Japon. «J’ai découvert, lors de cette expérience extraordinaire, une autre manière de travailler. J’ai aussi appris que l’on peut envisager les problèmes ou les solutions de différentes façons.»
Jacques Lanners en revient avec des idées plein la tête. «Mais, même si c’est tentant, il n’est pas possible d’appliquer les pratiques asiatiques telles quelles. Les différences de culture, de mentalité, de valeurs rendent cela impossible, explique-t-il. Mais certaines choses peuvent tout de même être adaptées.»L’homme, malgré un bagage déjà conséquent, a encore faim. Toujours dans l’optique de mieux servir son entreprise, il se lance, entre 1992 et 1994, dans un MBA tout en travaillant à l’amélioration de la production sur le site de Mamer. «Plus on apprend, plus on se rend compte que l’on ne sait rien. Il est toujours possible de s’améliorer, de progresser. Celui qui ne progresse pas recule. Dans un monde qui change de plus en plus vite, cela n’a jamais été aussi vrai. Le jour où je n’aurai plus cet appétit d’apprendre, je passerai le flambeau à celui qui sera le plus apte à le reprendre.» Cette persévérance est, d’ailleurs, aussi à l’origine de sa participation à l’édition 2009 du Concours de l’entrepreneur de l’année. Lors des deux premières éditions, il n’avait pas suivi les conseils de tous ceux qui lui suggéraient de s’inscrire. Il s’est finalement pris au jeu cette année pour se retrouver, à sa «plus grande surprise», finaliste…
Jusqu’à ce que Cerametal fusionne avec Plansee-Tizit pour devenir Ceratizit, Jacques Lanners a occupé le poste de directeur de production, supervisant toute la production et les aspects techniques pour l’ensemble du groupe. «La technique, c’est la base de mon métier, explique l’ingénieur qu’il est aussi resté. Ne pas m’en éloigner me permet de garder les pieds sur terre. Aujourd’hui, effectivement, ce n’est plus ma mission principale. Mais lorsque j’ai un coup de blues, je retourne voir la production dans les ateliers.»Des coups de blues, toutefois, Jacques Lanners n’en a pas beaucoup. L’actuel président du conseil de surveillance de Ceratizit est plutôt un bon vivant, de nature optimiste. Certes, la crise que son entreprise traverse actuellement n’est pas évidente. «C’est la plus mauvaise passe que nous ayons eu à traverser», confie-t-il. Mais Jacques Lanners veut y voir aussi des opportunités. «Seuls ceux qui passeront la crise pourront en profiter.»

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