| Pour la cultivatrice, «la survie économique des exploitations rurales passe par la vente directe aux consommateurs». (Photo: Etienne Delorme) |
Par: Frédérique Moser | Publié le 10.12.2009 0:00
Marianne Pesch est la «cheffe» de l’année
Pourtant, cette agricultrice qui dirige une exploitation de quatre personnes (dont elle-même), à Crauthem, a su insuffler une véritable «vision d’entreprise» à la structure, en plein développement, dont elle a repris les rênes avec détermination, à la mort de son mari en février 2008.
Soucieuse de ne pas abandonner l’exploitation familiale, elle a mené à terme le projet d’extension et d’agrandissement planifié par le couple, à savoir la construction d’une nouvelle étable pour l’élevage et l’engraissement de porcs. Et ce, malgré le conflit qui l’oppose à la commune de Roeser, lancée dans une procédure judiciaire visant à contrer les autorisations délivrées par le ministère de l’Environnement.
«Ténacité et courage»
C’est avec une très grande émotion que la lauréate s’est vu remettre son prix, ce jeudi, lors d’une cérémonie organisée au siège de Dexia-BIL. Christian Scharff, membre du comité de direction de la banque, a souligné les éléments qui ont fait pencher la balance du jury en faveur de Marianne Pesch: «Sa volonté de faire évoluer le statut du conjoint aidant (statut des épouses des chefs d’exploitation, ndlr.), mais aussi et surtout sa ténacité et son grand courage face aux difficultés de la vie».
«Ce prix est un grand honneur pour moi mais également pour toutes les agricultrices que je représente, a expliqué pour sa part Mme Pesch, après la remise du trophée. Depuis longtemps, je me bats pour les femmes puissent obtenir le statut de co-exploitante et bénéficier de cette reconnaissance.»
Bien décidée à profiter de la tribune qui lui était offerte pour évoquer la situation du monde rural, Marianne Pesch a en outre souligné les difficultés économiques rencontrées par les cultivatrices. «Nous sommes des productrices, travaillant chaque jour aux côtés de nos maris… et nous sommes également des consommatrices. Quand nous allons au supermarché, nous ne pouvons que nous étonner du prix auquel sont vendus nos produits», a-t-elle ironisé.
Pour l’agricultrice de Roeser, la survie économique des exploitations rurales passe par la vente directe aux consommateurs, en contournant autant que faire se peut les intermédiaires dont les marges accroissent considérablement le prix des denrées alimentaires. Elle entend d’ailleurs affecter le prix qu’elle vient de recevoir, d’un montant de 10.000 euros, à l’agrandissement d’un petit centre d’abattage situé au sein de l’exploitation et qui lui permet de mieux valoriser sa production.
«Encore du boulot»
Et comment mieux appuyer son propos que par une délicieuse démonstration? Marianne Pesch avait en effet apporté avec elle quelques préparations ‘maisons’, jambons et autres charcuteries artisanales, qui ont garni la table dressée dans les salons de Dexia pour la réception. Une cérémonie à laquelle ont également participé les deux autres finalistes de cette quatrième édition du prix Dexia Woman Business Manager, Carine Smets (à la tête d’un groupe de magasins de vêtements pour enfants) et Arlette Schneiders, première femme architecte au Luxembourg à diriger un bureau sans associé masculin.
Elles ont toutes les deux été félicitées pour la qualité et l’originalité de leurs projets. «Des projets dont le niveau de qualité augmente d’année en année, a souligné Christian Scharff, pour lequel cette évolution reflète la place toujours plus importante qu’occupent les femmes dans le monde économique. «Au niveau européen, elles sont 28% à occuper des fonctions dirigeantes. Au Luxembourg, elles ne sont encore que 22%. La marge de progression reste importante et cela renforce les partenaires de ce prix (Dexia, PricewaterhouseCoopers et paperJam, ndlr.) dans leur volonté de ‘pousser’ les entrepreneuses et de promouvoir l’idée que les entreprises modernes ont besoin de s’enrichir des différences et des complémentarités des hommes et des femmes. Mais il est clair qu’il y a encore du boulot et cela ne peut que nous motiver davantage», a-t-il déclaré.
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