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Pour un nouveau pacte social tripartite

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ARTICLE  |  Par: Jean-Michel Gaudron  |  publié le 01.01.1970

CONFERENCE

Pour un nouveau pacte social tripartite

Jeudi 4 février, l’économiste français Lionel Fontagné, qui avait publié en 2004 le rapport «Une paille dans l’acier» sur la compétitivité du Luxembourg, a présenté en exclusivité, dans le cadre du paperJam Business Club, un état des lieux, cinq ans après. Son essai, «Compétitivité du Luxembourg: après la bulle» (à télécharger ci-dessous), est assorti d’un modèle de simulation économique qui pourrait bien être au cœur des débats de la prochaine tripartite.

Lionel Fontagné estime que le fardeau de la réforme
devra être supporté par tous: Etat, patronat et salariés.
(Photo: David Laurent/Wide)
Surtitre: 
CONFERENCE
Auteur(s): 
Jean-Michel Gaudron
Interview ?: 
Pas interview

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Lire l'essai 2009 du Pr. Lionel Fontagné"Compétitivité du Luxembourg: Après la bulle"ICI
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Près de 150 personnes ont assisté, ce jeudi soir, à la conférence du Pr. Fontagné à la Banque de Luxembourg, dans le cadre du paperJam Business Club. Parmi eux le ministre de l'Economie et du Commerce extérieur, Jeannot Krecké, qui n'a pas manqué de souhaiter avec ardeur qu'un consensus puisse se trouver au terme de la prochaine tripartite afin de relancer la compétitivité du Luxembourg.

Le document du Pr. Fontagné "Compétitivité du Luxembourg: après la bulle" est un essai que l'économiste français a réalisé de sa propre initiative, pour faire un bilan, cinq ans après la publication du rapport (commandé, celui-là, par le comité de coordination tripartite) "Une paille dans l'acier". «Revenir sur le sujet cinq ans après permet de faire le point», explique-t-il, précisant qu’il n’a, cette fois, reçu aucun mandat spécifique de la part de la Tripartite. «C’est un travail plus autonome de réflexion sur l’évolution économique du Luxembourg et les réformes structurelles adoptées.»

Agé de 51 ans, le Pr. Fontagné, professeur à Paris I Panthéon-Sorbonne (Ecole d’Economie de Paris) avait été, entre mars 2000 et juin 2006, directeur du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales dont il est, depuis, conseiller scientifique.

Il est également conseiller auprès du Centre du Commerce International (CNUCED-OMC) de Genève, consultant à la Banque de France, mais aussi un des 36 membres du Conseil d’analyse économique placé auprès du Premier ministre français: une instance pluraliste composée d’économistes reconnus de sensibilités diverses, dont la mission est «d’éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique».

 

Monsieur Fontagné, vous revoilà cinq ans après votre premier rapport sur la compétitivité du Luxembourg. Dans quel contexte avez-vous été amené à retravailler sur cette thématique?

«Il s’agit d’un travail plus autonome de réflexion sur l’évolution économique du Luxembourg et les réformes structurelles adoptées. Depuis 2004, bien sûr, un certain nombre d’initiatives ont été prises, dont certaines auxquelles j’ai été associé. Je pense notamment au lancement de l’Observatoire de la compétitivité, qui a créé un indice de compétitivité synthétique, intégrant différentes dimensions. C’est un travail de référence extrêmement utile. Parallèlement, il y a eu la mise au point du LSM (modèle structurel du Luxembourg, ndlr.), un nouvel outil d’analyse des politiques économiques, qui est à ce jour encore peu visible pour le grand public. C’est un modèle que j’ai développé avec deux collègues italiens, Massimiliano Marcellino et Marco Maffezzoli, après avoir constaté que l’on réfléchissait souvent sur la politique économique avec des outils qui n’intégraient pas certaines dimensions importantes, comme les anticipations des agents, la dichotomie du marché du travail, les négociations salariales…

Ce modèle a été présenté fin décembre 2009 à la Tripartite. Il a été très bien reçu et nous commençons à recevoir les demandes des partenaires sociaux pour effectuer des simulations qui les intéressent.

(…)

Quelles sont les grandes conclusions que vous tirez de ce second rapport?

«J’essaie avant tout d’illustrer l’idée de crispation sociale. La réforme est nettement plus nécessaire qu’il y a cinq ans, mais elle sera aussi nettement plus douloureuse. C’est tout le problème de l’économie politique de la réforme. Quand tout va bien, il est facile de faire des réformes, car on a la marge pour, mais il est difficile de faire passer le message politique allant dans ce sens. A contrario, quand tout va mal, tout est plus douloureux et plus coûteux.

Nous sommes clairement dans la situation où les réformes et les politiques structurelles sont plus difficiles à mettre en œuvre, ce qui crée évidemment des crispations sociales, avec notamment un sujet emblématique au Luxembourg: les coûts salariaux.

Un des partenaires sociaux a publié en 2009 une contribution expliquant que les coûts salariaux baissaient au Luxembourg. Or, cette analyse s’intéressait à la part des salaires dans la valeur ajoutée et non pas aux coûts salariaux unitaires. Dans ce second rapport, je montre que le ratio salaire nominal/productivité en valeur a en effet baissé de 7,7% sur la période 2004-2008, mais que dans le même temps, le ratio salaire nominal/productivité en volume a augmenté de 13,6% dans la même période. Cette différence résulte de l’augmentation du prix du PIB sur la période. Et tout le monde est victime de cette augmentation: les salariés, dont le pouvoir d’achat est réduit; et les entreprises qui ont distribué plus de salaires que ce que n’autorisait la productivité et ont fait face à une réduction de leur compétitivité-prix.

Plus fondamentalement, la croissance au Luxembourg s’est faite sur un mode extensif, c’est-à-dire en utilisant davantage de ressources, et non pas intensif, c’est-à-dire en améliorant l’efficacité des ressources existantes: de 2000 à 2006 la productivité a contribué trois fois moins que l’augmentation de l’utilisation de la main-d’œuvre à la croissance du PIB. Pour suivre la bulle, le Luxembourg a donc surtout fait appel à la main-d’œuvre frontalière, et a donc considérablement fait augmenter les salaires pour pouvoir attirer cette main-d’œuvre, mais sans forcément connaître en même temps suffisamment de gains de productivité.

Est-ce cette divergence de perception de la situation qui a pu alimenter l’interrogation au sujet de la pertinence des réformes structurelles?

«Ce sujet de crispation sociale est emblématique: il y a eu une certaine tentation de dire que, finalement, on a vécu sans faire trop de réformes structurelles et que le peu que l’on a fait est déjà presque caduc, car les problèmes d’aujourd’hui sont d’une tout autre nature et qu’il est urgent de soutenir la consommation.

C’est pourquoi il est nécessaire de définir un cadre qui organise les idées pour étudier ces questions centrales de politique économique. Nous avons développé le modèle LSM pour réfléchir à ces questions. Nous arrivons à la conclusion que dans le type de crise auquel nous faisons face, plus structurelle, nous avons tout de même plus besoin que jamais des réformes structurelles.

(…)

Quels sont les axes de cette réforme structurelle auxquels vous pensez?

 «J’en vois trois: finances publiques, réformes du marché du travail et politique de la concurrence. Dans le rapport, j’adopte une approche stylisée de ces politiques: c’est en effet aux partenaires sociaux de déterminer le contenu d’un tel pacte de croissance. Du côté des finances publiques, une réduction des cotisations sociales, afin de réduire les coûts de production des entreprises. L’effet de la croissance pourrait permettre de financer cette réduction. En ayant des coûts de production moins élevés, les entreprises pourraient soit augmenter leurs profits, soit baisser leurs prix. En contrepartie, les entreprises accepteraient qu’il y ait davantage de concurrence ce qui, du coup, réduirait leurs marges unitaires. Mais cela n’entamerait pas leurs profits, puisque les volumes seraient plus importants.

Du côté des salariés, enfin, en contrepartie d’une politique pro-emploi que constitue la baisse des cotisations sociales, une baisse du taux d’indemnisation du chômage serait acceptée (il est en effet plus facile de retrouver un emploi). L’idée est que les exigences des syndicats dans les négociations seraient moins élevées. De cette combinaison de politiques résultera une demande accrue de travail, ce qui aura un impact haussier sur les salaires. La situation finale sera donc meilleure que si cette politique n’était pas mise en œuvre. En résumé, en diminuant de 1% les contributions sociales, les indemnités de chômage et les marges des entreprises, au bout de dix ans, la baisse des salaires par rapport à la situation de référence ne serait que de 1, contre 2% sans la mise en œuvre d’une telle politique structurelle. Dans le même temps, l’impact de la crise sur l’emploi serait largement effacé, ce qui fait que la masse salariale globale serait supérieure.

(…)

Avez-vous testé le modèle avec d’autres postulats de base que ce 1%?

«La présentation telle qu’elle a été faite est purement théorique. Le modèle LSM ne doit pas être utilisé en disant ‘voilà ce qu’il faut faire’ et le propos n’est certainement pas non plus de dire de manière abrupte, aujourd’hui, ‘réduisons les allocations chômage’. Simplement, il était nécessaire de rompre une bonne fois pour toutes avec l’idée que les politiques structurelles ne seraient pas nécessaires. Non, elles le sont vraiment. Ensuite, c’est évidemment dans le détail des négociations de la Tripartite que tout se jouera. Il faut en tous les cas imaginer un nouveau pacte de croissance: que le gouvernement fasse un effort, que les syndicats fassent un effort et les entreprises aussi. C’est la combinaison de ces trois efforts qui sera intéressante. Et cela s’inscrit en parfaite cohérence avec la façon dont le Luxembourg fonctionne.»

 

Lire l’interview intégrale du Pr. Fontagné ICI

Voir la galerie photos ICI

Voir l'interview vidéo de Jeannot Krecké ICI

Voir l'interview vidéo de Lionel Fontagné ICI

Voir l'interview vidéo de Serge Allegrezza ICI

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