| David Schmidt (Banque de Luxembourg): «Les fondamentaux ne sont pas au rendez vous pour que l’on puisse tabler sur une reprise durable.» (Photo: David Laurent/Wide) |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 29.01.2010 0:00
Avis partagés
Après le «cataclysme» de la fin 2008 et une année 2009 incertaine, 2010 sera-t-elle celle de la sortie de crise? «Nous observons un assez large consensus des analystes, note Jacques Chahine, président de Chahine Capital. Les bénéfices des entreprises ont été révisés à la hausse de 13% en moyenne par rapport à ce qui était attendu en novembre et les prévisions des résultats pour 2010 sont extrêmement favorables, avec un rebond attendu de 25%. Seul un bouleversement du contexte macro-économique pourrait faire qu’il en soit autrement.» M. Chahine n’en relève pas moins une certaine «nervosité» des marchés relative à une hausse future des taux d’intérêt. Mais pas de quoi tempérer son optimisme. «La croissance mondiale pour 2010 sera aux alentours de 3,8%, si l’on en croit le consensus des analystes à travers le monde. Ces analystes continuent par ailleurs à revoir les résultats des entreprises à la hausse, car les chefs d’entreprises, en ce moment même, leur donnent des signes positifs. J’ai beaucoup d’espoir.»
Quid de la reprise de la consommation aux Etats-Unis?
Un espoir que ne partage pas nécessairement David Schmidt, responsable de la gestion sous mandat à la Banque de Luxembourg. «Les fondamentaux ne sont pas au rendez-vous pour que l’on puisse tabler sur une reprise durable. Surtout que lorsque seront retirées les liquidités qui ont été massivement injectées par les Etats, on se retrouvera confronté à des déficits budgétaires grandissants. Cela ne veut pas dire non plus que l’on va droit à la catastrophe. Sans doute les évolutions seront-elles très divergentes selon les marchés. Mais la matérialité de la reprise n’est pas tout à fait tangible. Les chiffres économiques positifs que nous relevons sont à mettre en perspective. En termes de variation annuelle, on a des rebonds importants, mais en termes nominaux, on reste à des niveaux bas.»
Selon lui, une reprise durable ne pourra être envisagée qu’en présence de facteurs externes actuellement absents du paysage. A commencer par la reprise de la consommation aux Etats-Unis, loin d’être à l’ordre du jour outre-Atlantique. «On a du mal à imaginer que cette consommation va repartir, car on se trouve dans un contexte structurel de désendettement.»
Un constat corroboré par Thierry Bichel (directeur général de FOP Gestion). «Le consommateur américain n’est pas prêt à tirer la croissance vers le haut. Le chômage est encore en augmentation, ce qui n’est pas propice à la hausse de la consommation. C’est un des risques que les marchés n’avaient pas anticipé l’année dernière. Ils le feront cette année.»
Les marchés financiers ont parfois la mémoire courte. Et Marc Flammang, économiste à la Compagnie de Banque Privée (CBP) s’en étonne toujours. «La tempête est passée mais les dégâts de la tempête sont toujours là, constate-t-il. Je suis surpris de la tendance des marchés à oublier ce qui s’est passé. Il y a toujours, aujourd’hui, des surcapacités énormes dans le secteur de l’automobile. Dans le même temps, le secteur bancaire ne fonctionne toujours pas bien. On le voit aux Etats unis où l’accès au crédit est toujours difficile. La consommation est donc moindre, alors que le modèle de croissance des dernières années était basé sur cette consommation à leviers. Même si le consommateur se refait une santé, les Etats devront aussi montrer leur capacité à réduire leur déficit public. Il y a donc un risque de taxes supplémentaires, ce qui pèsera aussi sur la consommation. Si reprise il y a aux Etats-Unis, elle ne se sera pas forcément créatrice d’emploi.»
Regards vers l’Est
Si les taux d’intérêt sont, aujourd’hui, au plus bas, ils ne le resteront évidemment pas éternellement. C’est au niveau de la Fed américaine et de la Banque Centrale Européenne que sont activés les leviers… Laquelle de ces deux institutions donnera-t-elle le signal? «Elles ont un rôle difficile, reconnaît M. Bichel. Mais rien ne devrait bouger avant 2011. On peut dès lors s’attendre à ce que les marchés anticipent cette hausse potentielle des taux en fin d’année. En règle générale, la Fed est plus proactive que la BCE. On peut donc imaginer que l’économie US est davantage susceptible de rebondir rapidement que l’économie européenne.»
Si une partie des regards se tourne naturellement vers les Etats-Unis, l’autre partie est concentrée sur les marchés émergents. «Le futur est à l’Est, confirme David Schmidt. La consommation de demain, qui va tirer la croissance mondiale, viendra d’Asie du Sud-Est, d’Inde et de Chine. Mais la croissance actuelle est tirée par l’exportation venue de ces pays. Il y aura une période de transition qui sera assez critique où il faudra que la demande domestique se substitue à ce modèle d’exportation. Ceci dit, la santé économique de ces pays, leur structure financière, leur politique budgétaire et fiscale sont assez saines. Ce qui n’évitera pas quelques sursauts à court terme.».
Energies renouvelables: la bonne piste?
Quelle stratégie d’investissement faut-il adopter dans ce contexte? Les visions à long terme n’ont plus la cote, devant le manque total de visibilité. «faire des prévisions sur la seule année 2010 est déjà impossible, confirme M. Flammang. La tendance reste que les marchés boursiers limitent toute tendance à la baisse, laquelle serait vue comme une possibilité d’achat en trading à court terme. Aujourd’hui, on ne peut pas vraiment dire que la Bourse est bon marché. En 2009, les entreprises ont fait de gros efforts de rationalisation qui leur ont permis de dégager des profits. Il faudra voir si cette tendance se confirme dans les premiers mois de l’année.»
Pas question, donc, de rester inflexible sur des stratégies établies longtemps à l’avance. «Les modèles d’allocation dynamique sont plus appropriés, estime Thierry Bichel, qui regrette, par ailleurs, que les propos du président américain Barack Obama visant à réglementer davantage le secteur bancaire ont «cassé en cinq minutes le regain d’optimisme qui avait été accumulé depuis le début de l’année.»
S’il est, en revanche, un point sur lequel les experts participant à cette table ronde sont tombés d’accord, c’est l’attrait de valeurs actives dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier le solaire. «C’est le seul secteur dans lequel il est possible de générer des gains de productivité. C’est malheureusement un domaine encore très politisé, mais qui va réellement décoller le jour où il y aura intrinsèquement des véritables subventions accordées. Les technologies s’améliorent tous les jours, des brevets sont déposés en masse, notamment aux Etats-Unis. Le potentiel de croissance est très important.».
Qui sait si ces énergies renouvelables ne vont pas induire des stratégies d’investissement renouvelables elles aussi…
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