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François Biltgen: «Les communes peuvent faire avancer les choses
quand elles s’engagent» (Photo: Olivier Minaire/archives)

Par: Jean-Michel Gaudron  |  Publié le 10.03.2010 0:00

Plan d’action pour un Internet modernisé


C’est avec pas moins de deux ministres sur le front que le gouvernement vient de présenter des mesures destinées à offrir, tant aux citoyens qu’aux entreprises, des connexions Internet toujours plus performantes. La compétitivité du pays est en jeu.

Voir un ministre de l’Economie et un ministre des Communications parler d’une même voix, cela est sans doute de nature à donner davantage de poids au message transmis. C’est, sans doute, l’ambition première de Jeannot Krecké et de François Biltgen, qui ont présenté, ce mardi, la stratégie de développement des réseaux Internet de nouvelle génération au Luxembourg. D’un côté, il y a une évolution vertigineuse du média Internet et des besoins de plus en plus importants en bande passante et en vitesse de transmission. De l’autre, il y a une situation pas trop mauvaise du Luxembourg en matière de technologies de l’information. Le pays figure, ainsi, en première position en termes de taux de couverture d’Internet (selon une étude conjointe de l’Université d’Oxford et de celle d’Oviedo en septembre 2009) et à la deuxième place des pays les plus développés en matière de TIC (selon le dernier rapport de l’Union Internationale des Communications).

Priorité aux zones d'activités économiques

En revanche, pour ce qui est des vitesses de téléchargement, toujours selon les universités d’Oxford et d’Oviedo, le pays pointe bien loin dans le classement. D’où la volonté du gouvernement de donner un coup de boost à tout ça et de positionner le Luxembourg dans les premiers rangs. L’objectif présenté ce mardi est on ne peut plus précis et s’articule en deux axes. D’une part, il s’agit d’inciter les opérateurs de réseau à offrir une connexion Internet de 100 Mbits par seconde à l'ensemble de la population au plus tard pour 2015, et de 1 Gbit par seconde pour 2020. Premier opérateur visé: l’entreprise des P&T, propriété de l’Etat à 100% que le gouvernement a «invitée» à faire en sorte que tout soit mis en œuvre pour que cet objectif puisse être effectivement atteint.

D’autre part, François Biltgen et Jeannot Krecké ont annoncé qu’il fallait améliorer sans délai la connexion des zones d’activités économiques à très haut débit. «C’est une priorité à mes yeux, explique Jeannot Krecké. Les entreprises utilisent de plus en plus les technologies de l’information pour leurs affaires journalières. Il faut aussi que les entreprises susceptibles de venir s’installer au Luxembourg aient la garantie d’une connectivité optimale. Le critère de l’accès aux autoroutes de l’information est devenu un des premiers critères de choix. Si nous ne sommes pas en mesure de le garantir, nous ne serons jamais parmi les pays où les entreprises, mais aussi les particuliers, voudront s’installer. C’est la compétitivité du pays qui est en jeu.»

Pour parvenir à cet objectif, de grandes lignes d’action ont été tracées, devant permettre de favoriser le déploiement rapide d’infrastructures performantes par la combinaison d’une réduction des coûts d’investissement et une simplification des procédures. Le tout en gardant à l’esprit l’importance d’un accès ouvert et transparent aux réseaux. C’est pourquoi le gouvernement entend appuyer la mise en œuvre de deux registres nationaux spécifiques devant servir à tous les acteurs du marché: un registre des travaux (mentionnant notamment les différentes permissions de voirie accordées pour le creusage de tranchées et l’installation de gaines ou de tubes pour y faire passer des fibres optiques ou des câbles) et un autre registre relatif aux infrastructures. «Le premier registre est réalisable à court terme, estime M. Biltgen. Nous avons déjà eu des discussions avec les Ponts et Chaussées et nous allons étudier sa mise en place avec le Syvicol (le Syndicat des villes et des communes, ndlr.) et le Sigi (le Syndicat Intercommunal de Gestion Informatique, ndlr.). Il faut que tout soit transparent. Si la ville d’Esch ouvre une tranchée, il faut que la commune de Mondercange soit au courant, mais il faut aussi que les opérateurs soient au courant. Je sais combien les communes peuvent être susceptibles, parfois, mais aussi combien elles peuvent faire avancer les choses quand elles s’engagent. Et je sais déjà que les plus grandes communes sont parfaitement conscientes des enjeux que représente le développement des TIC.»

Pour ce qui est du registre national des infrastructures - une sorte de carte routière dont l’ILR devrait, en toute logique, être le gestionnaire -, les choses pourraient prendre, selon les ministres, un peu plus de temps, le temps de compiler l’ensemble des informations disséminées aussi bien auprès de l’Institut de régulation que des communes ou des opérateurs eux-mêmes.

Une dynamique à déclencher

MM. Biltgen et Krecké entendent également introduire une obligation de poser des infrastructures d’accueil pour fibres optiques (gaines, tubes) ainsi que de généraliser le pré-câblage des nouveaux immeubles construits. Faut-il dès lors s’attendre à la mise en œuvre d’un nouvel arsenal juridique et réglementaire? «Surtout pas, indique le ministre de l’Economie, sans quoi nous perdrions deux années supplémentaires.» L’idée est plutôt de miser sur la responsabilité et la bonne intelligence de chacun. «Je préfère développer une vraie dynamique avec les communes, complète le ministre des Communications. Il suffit, par exemple, qu’elles ne fournissent leur autorisation qu’à des projets de promoteurs ou de développeurs qui intègrent cette problématique dans leurs plans. Il faut limiter au maximum l’intervention de l’Etat. Un maire est bien plus proche de ses administrés.»

Quant à la question cruciale du financement de telles «mesures», Jeannot Krecké y répond sans détour. «L’entreprise des P&T a déjà les infrastructures. Ils peuvent déjà faire une partie du travail. Les autres opérateurs, eux, financeront leur partie à eux et se rembourseront avec les affaires qu’ils vont développer, selon un calcul de rendement que l’ILR va établir. En tant qu’Etat, nous déclenchons la dynamique. Les autres acteurs suivront le pas.»


 
 
 
 
  



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