Par: Jean-Marc Streit | Publié le 10.03.2010 0:00
Les intérimaires, heureux en travail?
L’enquête réalisée en janvier de cette année par le cabinet InSites Consulting pour Tempo-Team Benelux visait les 5.000 questionnaires pour le Grand-Duché. Au final, quelque 261 travailleurs ont répondu à l’intégralité des questions. Maigre retour et résultat tronqué ? Oui et non! Oui, car ce panel est famélique, compte tenu de l’importance croissante du secteur de l’intérim dans notre pays. Cette étude de satisfaction a en effet cherché à faire un parallèle entre le taux de satisfaction des salariés missionnés et de leurs collègues en contrat fixe. Oui, également car les travailleurs frontaliers (représentant l’écrasante majorité de la main-d’œuvre intérimaire au Luxembourg) n’ont pas été pris en compte. « Nous avons cherché à connaître le taux de satisfaction des intérimaires résidant au Grand-Duché. Mais, il y a tout de même une vingtaine de questionnaires remplis par des frontaliers. C’est peu représentatif, effectivement, mais nous avons en projet une étude similaire consacrée exclusivement aux frontaliers», répond Mario Paras, administrateur-délégué de Tempo-Team.
Non, car elle permet toutefois de se faire une ébauche d’opinion sur le degré de satisfaction des intérimaires par rapport à leurs homologues employés en fixe.
Une satisfaction accrue chez les intérimaires
Venons-en donc aux résultats de cette enquête. D’ordre général 70% des intérimaires se disent satisfaits, voire très satisfaits de leur travail contre 54% des travailleurs fixes. Grande disparité ! L’image du travailleur temporaire, ballotté d’une mission à une autre, corvéable à souhait semble bien écornée au travers de ce constat. Par contre, pour se donner les moyens de peaufiner ce résultat, il aurait été intéressant de savoir dans quel secteur d’activité et quel métier occupent les répondants. Les exigences personnelles ne sont effectivement pas les mêmes que l’on soit manœuvre dans le secteur de la construction ou employé par une quelconque administration étatique, par exemple.
Des points de détail obscurs
Si la satisfaction semble prédominer chez les intérimaires, notamment pour ce qui est de la sécurité au travail (77% de satisfaction), de « l’amour » de leur job (71%) et de la variété des tâches (71%), a contrario, ces derniers estiment pour 82% d’entre eux que les perspectives de promotion ne sont pas satisfaisantes, à 81% que les possibilités de développement des femmes dans l’entreprise sont insuffisantes et à 73% que les opportunités de formation ne sont pas assez nombreuses. Ces chiffres prévisibles au demeurant pour ce qui concerne la promotion (mais les intérimaires espèrent-ils réellement une promotion ou bien ont-ils répondu par défaut ?) et les possibilités de formation (malgré de réelles avancées dans ce domaine), sont plus surprenants quant à la notion de développement des femmes. En effet, le monde de l’intérim est essentiellement occupé par la main-d’œuvre masculine (entre 70 et 75% des intérimaires), le secteur de la construction et dans une moindre mesure industriel, gros demandeurs en travailleurs temporaires s’accaparent, en effet, le plus grand nombre des missions intérim. Ainsi, dans quel sens cette notion de développement des femmes en entreprise a-t-elle été interprétée par les intérimaires interrogés? Est-ce parce que les inégalités homme/femme dans le monde professionnel sont toujours d’actualité et sont médiatiquement omniprésentes, que de nombreux répondants ont cru bon de le rajouter ? Il aurait été judicieux de pouvoir cerner le profil des répondants (sexe, emploi, secteur, etc.) afin de se faire une idée plus claire sur ce point. Mario Paras abonde dans ce sens rajoutant que «nous devons nous pencher sur ces points de mécontentement, voir quelles en sont les causes et proposer des solutions ».
Toujours est-il qu’aujourd’hui, les notions de flexibilité, d’adaptabilité et de mobilité sont toujours plus importantes, et ce, même si la crise y a mis momentanément un frein. Il semblerait que dans ce contexte, les travailleurs, permanents comme temporaires, ont intégré dans leur esprit ces nouveaux aspects pour les faire leurs. Ceci pourrait expliquer en partie certains résultats.
Vers d’autres études élargies
Toujours est-il que pour Mario Paras cette étude prouve qu’« aujourd’hui, les intérimaires sont plus exigeants.» Et de rajouter : «A nous de leur apporter encore plus de qualité de service et d’augmenter notre communication à leur intention, notamment pour ce qui concerne la formation».
Cette première étude du genre au Luxembourg, si elle ne répond pas a toutes les interrogations, devrait en conduire d’autres, comme l’indique la représentante d’InSites Consulting : « L’année prochaine nous allons étendre cette étude à un plus grand nombre d’intérimaires, mais également aux employeurs afin d’avoir un avis plus conséquent et contradictoire du degré de satisfaction des intérimaires ». Rendez-vous l’année prochaine pour confirmer ou infirmer cette première étude.

1274.2205 

Publier un nouveau commentaire