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Guy Wagner, chief economist à la Banque de Luxembourg
(www.guywagnerblog.com)

Par: Guy Wagner  |  Publié le 12.03.2010 0:00

Deux anniversaires


Cette semaine marque le premier anniversaire de la fin du marché baissier le plus récent. Entre octobre 2007 et mars 2009, les marchés boursiers avaient perdu quelque 54 % (sur base de l’indice MSCI World en euro) avant de remonter de 62 % depuis lors. (La mathématique étant ce qu’elle est, une hausse de 62 % après une baisse de 54 % signifie que les marchés restent largement en-dessous de leur niveau d’octobre 2007).

Le mois de mars marque cependant encore un deuxième anniversaire pour les marchés : le dixième anniversaire de la fin du dernier marché structurellement haussier.  Entre août 1982 et mars 2000, l’indice Standard&Poor’s 500 était ainsi passé de 102 à 1527, un rendement annualisé de près de 17 %. Il a clôturé hier à 1145, soit 25 % en-dessous du niveau atteint il y a 10 ans. Durant cette phase, il a essentiellement traversé 4 cycles :

- un cycle baissier :  - 49% entre mars 2000 et octobre 2002 ;

- un cycle haussier :  + 100% entre octobre 2002 et octobre 2007 ;

- un cycle baissier :  - 57% entre octobre 2007 et mars 2009 ;

- un cycle haussier : + 68% depuis mars 2009.

La situation se présente de manière semblable pour la plupart des autres marchés boursiers des pays industrialisés (les marchés boursiers des pays émergents sont pour la plupart au-dessus de leur niveau d’il y a 10 ans).

La mauvaise performance des actions sur les dix dernières années n’est pas étonnante étant donné qu’à la fin du dernier siècle, les marchés boursiers avaient atteint un niveau de surévaluation historique. Un outil souvent utilisé pour valoriser les actions est le rapport cours/bénéfice (PER). Un PER de 15 indique simplement que les investisseurs sont prêts à payer 15 fois les bénéfices d’une société (en d’autres mots, une société qui génère un bénéfice annuel de 1 mio se paierait 15 mio).  Une variante plus sophistiquée du PER est le Shiller PER (d’après Robert Shiller, professeur à Yale) qui utilise comme dénominateur non pas le bénéfice de la dernière année écoulée ou prévu pour l’année en cours, mais la moyenne des bénéfices des 10 dernières années. L’idée de cette variante étant de lisser les bénéfices sur un cycle plus long pour éviter de prendre une année particulièrement bonne ou mauvaise. La moyenne sur le très long terme pour le Shiller PER pour le marché américain est de 16. Début 2000, ce ratio s’établissait à 40. Aujourd’hui, il se situe autour de 20. Malgré sa mauvaise performance sur les 10 dernières années, le marché n’était sous-évalué (dans le sens d’un Shiller PER en-dessous de sa moyenne historique de 16) durant toute cette période que pendant quelques mois fin 2008/début 2009.     

Il résulte de ce qui précède que l’idée selon laquelle, après 10 années ‘en vain’, les actions seraient aujourd’hui bon marché n’est tout simplement pas correct. Après leur remontée des 12 derniers mois, les actions sont à nouveau surévaluées et leur potentiel d’appréciation sur 3 à 5 ans semble très limité à partir des niveaux actuels. On pourrait évidemment arguer que le niveau bas des taux d’intérêt justifie des niveaux de valorisation plus élevés pour les actions et que l’histoire boursière a montré que les actions peuvent rester surévaluées pendant très longtemps. J’aurais cependant tendance à défendre plutôt la position opposée qui consisterait à dire que le niveau bas des taux d’intérêt est le reflet d’une situation économique très inquiétante et qui plaiderait pour une valorisation des actions inférieure à la moyenne.

Il est coutume de dire que le marché boursier anticipe la reprise économique et que les cours remontent souvent avant que la situation ne s’améliore. Ceci est correct mais force est de constater que depuis mars 2009, le marché américain a progressé de près de 70 % alors que l’économie américaine a perdu plus de 3 millions d’emplois. Une telle situation ne s’est jamais présentée au cours des 60 dernières années. De plus, alors que les statistiques économiques pour le deuxième semestre 2009 avaient été gonflées par les mesures fiscales des Etats et par un effet de comparaison très favorable (dans la mesure où l’activité économique s’était pratiquement arrêtée fin 2008/début 2009 après la faillite de Lehman Brothers), tel ne sera plus le cas dans les mois à venir. Les statistiques économiques publiées au cours des dernières semaines sont à cet égard inquiétantes.

Ce qui précède ne signifie pas qu’il faut entièrement délaisser les actions mais qu’il y a lieu d’adapter sa stratégie au contexte boursier dans lequel nous nous trouvons. Dans un marché structurellement haussier comme celui des années 80 et 90, une stratégie passive de ‘buy-and-hold’ (acheter et conserver) se justifie étant donné que la tendance haussière du marché fait que 5 à 10 années plus tard, le cours des actions détenues aura nettement augmenté. Dans un marché qui fait essentiellement du surplace sur le long terme, une stratégie active s’impose par contre. En matière d’actions, notre stratégie d’investissement continue dès lors à s’articuler autour des points suivants :

- une gestion dynamique du pourcentage investi en actions ;

- un poids structurellement croissant accordé aux pays émergents (en mettant à profit les corrections périodiques de ces marchés) ;

- l’identification, à l’intérieur des marchés, de segments ou d’entreprises valorisés de manière attrayante ou dont les perspectives sont nettement supérieures à la moyenne (après tout, le fait que les indices boursiers soient en-dessous de leur niveau d’il y a 10 ans n’a pas empêché le cours de sociétés telles que Danone, Nestlé ou Procter&Gamble de pratiquement doubler sur la même période). Les segments que nous privilégions à l’heure actuelle sont ceux, d’ailleurs liés, des entreprises de qualité et des dividendes (cf. mon article du 22 février). 


 
 
 
 
  



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