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David Lutty (Jan De Nul Group)

Par: Frédérique Moser  |  Publié le 26.02.2010 0:00

Un vaisseau-amiral à Capellen


L’armateur, situé à la pointe de l’industrie mondiale du dragage maritime, installe son siège social à la périphérie de Luxembourg. Le bâtiment sera inauguré en juin.
Les îles artificielles de Dubaï, ce sont eux. La construction de l’aéroport de Hong Kong, l’extension de Singapour, les pipelines offshore de Sakhaline, toujours eux. Jan De Nul Group, qui figure dans le top 3 mondial des entreprises de dragage, est installé depuis 1995 au Luxembourg. Dans des petits bureaux discrets, loués à Steinfort.

«A notre arrivée au Grand-Duché, il y a 15 ans, nous n’avions pas l’intention d’installer notre siège social ici», retrace David Lutty, manager, qui ne cache pas que le groupe d’origine flamande a d’abord répondu aux sirènes d’un environnement fiscal favorable aux activités maritimes. Mais peu à peu, l’ancrage s’est opéré. Jan De Nul inscrit une partie importante de sa flotte sous pavillon luxembourgeois et ses dirigeants tissent des liens avec les autorités politiques du pays. La maison mère, Sofidra, une holding créée en 1999, compte dix sociétés maritimes agréées et emploie 419 personnes au Luxembourg, dont une centaine dans le staff administratif et financier. Il y a deux ans, Jan De Nul a fait également partie des fondateurs du cluster maritime, initié par le ministère de l’Economie et du Commerce extérieur.

«Jusqu’ici, nous avions cultivé une certaine discrétion. Désormais, nous voulons accroître notre visibilité, revendiquer notre identité d’entreprise luxembourgeoise», indique M. Lutty, un transfuge de la Chambre de Commerce – «le seul employé de nationalité luxembourgeoise» – qui est en charge depuis fin 2008 du «daily management» du groupe au Grand-Duché. Tout un symbole. Outre ses fonctions de gestionnaire maritime et de coordinateur des équipes travaillant sur les nouveaux chantiers, il fait également office d’interlocuteur avec les autorités et la presse… ainsi que de facility manager pour le nouveau bâtiment.«La décision de lancer ce projet a été prise fin 2005. En fait, Jan Peter De Nul, le CEO du groupe, a répondu à une sollicitation du ministre Jeannot Krecké. Ce bâtiment est une réplique de nos bureaux en Belgique», explique M. Lutty. Edifié à Capellen, à proximité de la frontière belge que traversent chaque jour de nombreux employés, le bâtiment construit selon des normes «basse énergie» a suscité un investissement de 30 millions d’euros. Il compte trois étages et peut accueillir 250 postes de travail sur une surface totale de 5.500 m2. «Dans une première phase, nous envisageons de louer un tiers de la surface, soit environ 2.000 m2», signale M. Lutty.

Centre de formation avec simulateur

Le bâtiment aura deux fonctions principales: celle de siège social, tout d’abord, pour les équipes administratives et financières, mais aussi celle de centre de formation. Un auditorium d’une centaine de places a d’ailleurs été aménagé au rez-de-chaussée. La décision vient d’être prise d’y installer un simulateur, un équipement ultraperfectionné permettant de former les capitaines aux techniques de dragage et nécessitant un investissement supplémentaire de quatre millions d’euros. Un second simulateur, pour la navigation, pourrait y être installé dans un second temps.

«Notre objectif est d’utiliser ces nouvelles infrastructures pour la formation interne de notre personnel de mer, essentiellement au niveau de l’encadrement, sur les aspects techniques et de qualité, de sécurité mais aussi pour la communication ‘groupe’, précise M. Lutty. Nous y organiserons également le captains’ meeting annuel, qui réunit les 160 capitaines de navires travaillant sur nos chantiers à travers le monde.»Pour l’heure, il n’est pas prévu d’ouvrir ces infrastructures à d’autres sociétés maritimes, mais le business manager ne l’exclut pas: «Si un intérêt se manifeste, pourquoi pas? Nous pourrions louer temporairement les infrastructures, mais en aucun cas mettre à disposition nos modules de formation ni nos formateurs. Tout cela relève de notre know-how interne.»

Dès le mois d’avril, le personnel occupé à Steinfort commencera à emménager dans les nouveaux locaux, qui devraient être inaugurés officiellement en juin. Le début d’une nouvelle phase de l’aventure luxembourgeoise, pour le groupe. «Nous tenons à montrer aux autorités et au grand public que nous ne sommes pas une société boîte aux lettres, que nous ne sommes pas des profiteurs, martèle David Lutty. Nous sommes une société industrielle, très active dans l’économie locale. Chaque mois, nous versons d’importantes cotisations sociales au Luxembourg et nous dépensons quelques centaines de milliers d’euros chaque année pour des prestations dans le secteur des services, auprès des banques, des cabinets d’avocats, des auditeurs… Une société maritime telle que la nôtre n’est pas seulement là pour inscrire des navires, nous participons à la hausse du niveau de compétences dans le secteur maritime.»

Jan De Nul compte actuellement 35 navires «parmi les plus importants et les plus ingénieux» de sa flotte d’engins – qui en dénombre 125 dans le monde – inscrits au registre maritime luxembourgeois. Et n’entend pas en rester là. Dans les deux ans à venir, 20 nouveaux navires devraient se retrouver sous pavillon grand-ducal. «Notre programme d’investissement 2008-2012 porte sur un investissement total de 2 milliards d’euros, indique M. Lutty. Le pavillon luxembourgeois est de grande qualité, il est respecté mondialement. Nous apprécions aussi la grande disponibilité dont fait preuve le Commissariat aux Affaires Maritimes à notre égard.» A bon entendeur…

Les négociations vont… bon train

David Lutty n’en fait pas mystère: la puissance financière de son groupe en fait un acteur économique de poids – et donc un interlocuteur de poids – dans le secteur industriel. Il entend prendre une part active dans le développement de cette niche stratégique pour la diversification économique du pays. Plusieurs dossiers importants sont d’ailleurs sur la table. A commencer par la signature de nouvelles conventions de non-double imposition. Avec le Panama, par exemple.  «Nous sommes très impliqués dans le système luxembourgeois, pour essayer d’améliorer la compétitivité du pays. Dans un secteur tel que le nôtre, actif sur tous les continents, l’existence de conventions bilatérales signifie gagner ou perdre un contrat à l’étranger», assure-t-il.

Un autre dossier sur lequel Jan De Nul entretient des négociations intenses avec les autorités est celui du piratage des navires. «L’un de nos navires, le Pompéi, a été pris d’assaut en avril dernier avec dix membres d’équipage à bord», rappelle M. Lutty. Une rançon a été versée (au montant non divulgué officiellement, mais Le Jeudi a fait état de 2 millions d’euros versés par les deux copropriétaires) et les armateurs exigent de leur gouvernement une solution urgente. «Le port d’armes est actuellement interdit sur les navires luxembourgeois. Mais comment défendre notre flotte? Les Français et les Américains, par exemple, autorisent des militaires à monter à bord. Il faut trouver une solution mondiale. Le Luxembourg mène actuellement des discussions à ce sujet avec la Belgique, c’est donc extrêmement important et nous suivons cela de très près.»

Le groupe suit également avec attention l’actualité sociale, qui prévoit la transposition, d’ici 2012 au plus tard, de la Maritime Labor Convention. «La section ‘shipping’, qui fonctionne au sein de la Fedil (fédération patronale, ndlr), va travailler avec les syndicats pour mettre en place des conventions collectives. C’est bien pour le Luxembourg… et c’est bien pour nous!», assure M. Lutty. Pour le porte-parole de Jan De Nul, «il est important que le pays montre qu’il n’est pas seulement à l’écoute de son secteur financier, mais qu’il l’est également de son secteur industriel. Nos navires qui arborent le pavillon luxembourgeois sur des immenses chantiers de construction, à travers le monde, cela permet de donner une réelle crédibilité à notre secteur maritime».


 
 
 
 
  



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