| Claude Kremer (Alfi), Photo: Andrès Lejona |
Par: Jean-Michel Gaudron | Publié le 26.02.2010 0:00
«Un signe positif d’évolution»
«Je tiens d’abord à préciser que le fort recul de 2008 (25% de recul des actifs sous gestion, ndlr.) était dû,pour 85%, aux effets de marché et seulement pour 15% à des désinvestissements. En 2009, l’effet a été inverse, puisque la hausse des actifs a été de 18,04%, avec un montant absolu de 281,34 milliards d’euros supplémentaires. Environ un tiers de ce montant (84,37 milliards exactement, ndlr.) est issu de souscriptions nouvelles. Vu à l’échelle européenne, nous constatons par ailleurs que près de 50% de l’argent frais entré dans les fonds d’investissement l’a été dans des fonds luxembourgeois. Nous ne pouvons que nous en réjouir et cela montre en tous les cas à quel point les investisseurs sont restés fidèles à la place luxembourgeoise. Cet apport d’argent frais constitue le meilleur baromètre de confiance de la part des investisseurs.
En septembre dernier, en marge de la conférence Alfi/Nicsa, vous aviez annoncé un plan d’action en cinq points. Où en êtes-vous, six mois après?«Nous avons en effet mis en place un certain nombre de chantiers concrets. Le premier, qui vise à nousmettre à l’écoute des investisseurs, s’est traduit par la création en octobre de l’Investor Forum, qui œuvre notamment dans un souci d’éducation et de pédagogie à l’attention des investisseurs. Cette approche se traduira entre autres dans des pages Internet dédiées sur le nouveau site de l’Alfi qui sera lancé en marge de la conférence de printemps, en mars.Il est à noter que dans ce contexte, au niveau de l’Efama (l’association européenne des fonds et sociétés de gestion, ndlr.), un investor education working group a été mis en place et c’est l’Alfi, sous la responsabilité de Charles Muller (son deputy director general, ndlr.) qui en assure la présidence. Son objectif est de trouver les meilleurs moyens en vue d’améliorer l’éducation des investisseurs. Il existe déjà, un peu partout, des précédents dont on peut s’inspirer. L’idée est donc de consolider toutes ces initiatives nationales au sein d’une initiative européenne. La prochaine réunion de ce groupe de travail a lieu fin mars et un plan d’action sera soumis au conseil d’administration de l’Efama en septembre.
Les changements réglementaires en cours constituent-ils une bonne façon de mieux servir ces investisseurs?«La directive AIFM (Alternative Investment Fund Manager, ndlr.), notamment, qui va introduire une réglementation pour tous les fonds dits ‘alternatifs’, c’est-à-dire ceux n’étant pas soumis à la réglementation Ucits, représente en tous les cas une réelle opportunité de développement de ce secteur des fonds alternatifs. Je pense notamment à trois catégories de fonds en particulier: les hedge funds, les fonds de private equity et les fonds immobiliers. La crise financière nous a clairement montré que les investisseurs ont un besoin croissant de produits réglementés de manière adéquate. Ils ont de moins en moins confiance dans des produits non réglementés. Par ailleurs, le G20 a lui-même très clairement dit qu’il ne fallait plus qu’il y ait des acteurs et des produits financiers qui échappent à la réglementation, surtout s’ils comportent des risques systémiques. Cette directive est en train de prendre forme, mais nous ne savons pas encore quel sera son visage définitif. Ce qui est certain, c’est que de la même manière que la directive Ucits, sur 20 ans, a permis de créer une véritable ‘marque’, il est tout à fait possible de faire la même chose pour les fonds alternatifs. A condition, évidemment, d’avoir un cadre réglementaire harmonisé au préalable. Mais il faut éviter de tomber dans certains pièges. Nous pensons, par exemple, qu’il faut un passeport européen uniquement pour les fonds d’origine communautaire, mais que, dans le même temps, les fonds non communautaires doivent garder une possibilité de se vendre au sein de l’Union européenne par le biais d’un régime de placement privé agréé de pays en pays. Notons qu’au Luxembourg, nous avons, en quelque sorte, déjà anticipé cette directive AIFM, puisque tous nos fonds luxembourgeois, alternatifs ou non, ont toujours été soumis à une réglementation. Par ailleurs, la législation sur les FIS (Fonds d’investissement spécialisés, ndlr.) constitue le cadre idéal en vue de la création d’un réceptacle pour tous ces fonds AIFM qui vont arriver.
La promotion de produits plus efficients et mieux adaptés fait partie des chantiers que vous avez lancés l’automne dernier. Cela veut-il dire que les fonds Ucits ne remplissent plus ces critères d’efficience?«Je ne dirais pas ça. Le produit Ucits reste le produit majeur qui bénéficie d’une vraie marque mondiale. Nous devons donc faire tout ce qui est possible, à tous les niveaux, pour que cette marque mondiale perdure et soit encore mieux connue. Notre pénétration en Asie, en Amérique latine ou au Moyen-Orient, par exemple, doit être plus grande encore. Il n’en reste pas moins vrai qu’il y a toujours des adaptations à prévoir. Même s’ils restent globalement simples et faciles d’accès, les produits Ucits sont devenus de plus en plus complexes et la crise a montré que les investisseurs ne les ont pas toujours compris. Les produits sophistiqués restent néanmoins à la mode et les promoteurs de fonds de hedge funds, notamment, veulent faire des produits qui entrent sous l’ombrelle Ucits, permettant l’utilisation de produits dérivés dans certaines limites. Mais il y a une nécessité de créer, à côté de ces fonds sophistiqués, des fonds simplifiés, qui n’utilisent pas toutes ces techniques et peuvent ainsi être plus facilement appréhendés par le grand public. Nous devons donc travailler pour arriver vers ces fonds simplifiés, en réfléchissant de quelle façon il est possible de créer ces deux formes de fonds qui répondraient à la demande des investisseurs.Ce n’est pas simple, car ‘complexe’ ne veut pas forcément dire ‘risqué’, et ‘simple’ ne veut pas forcément dire ‘sans risque’. C’est là qu’il faudra amorcer la réflexion pour organiser un tel branding. Tous nos techniciens sont sollicités pour trouver une solution à cela. Mais d’un point de vue marketing, je pense que le marché le percevrait favorablement.
Les fonds Ucits constituent-ils votre seule priorité?«Evidemment non. Nous devons ouvrir nos yeux très grands vers d’autres produits lancés, tels que les ETF (Exchange Traded Funds, ndlr.) que nous devons essayer d’attirer au Luxembourg, ou bien les produits ISR (Investissements socialement responsables) avec la microfinance, où le Luxembourg a déjà une position de leader en Europe. Et puis je n’oublie pas la finance islamique, où le Grand-Duché a aussi une belle carte à jouer. Du reste, la récente circulaire émise par l’administration des contributions directes quant au traitement fiscal de certains produits de finance islamique montre la volonté de créer le cadre fiscal et réglementaire adéquat. Il y a un réel appétit de certains investisseurs pour ce genre de produits et le Luxembourg a tout intérêt à bien se positionner.
Dernier point, enfin: le développement de la présence internationale de l’Alfi. Comment cette volonté se concrétise-t-elle?«Nous parvenons à gérer, de mieux en mieux, nos roadshows à l’étranger, dont l’organisation représente toujours un énorme travail. Cette stratégie d’aller se présenter à l’étranger, directement chez nos clients, prospects ou utilisateurs futurs de la Place, est une stratégie qui paie, aussi bien dans les marchés matures que dans ceux qui sont encore à développer. Nous avons aussi décidé, définitivement, d’établir un bureau de représentation à Hong Kong. Nous sommes en train de recruter la personne pour y aller et nous permettre de rayonner sur le marché asiatique qui, à nos yeux, est prioritaire dans un premier temps. Il devrait être opérationnel avant l’été prochain.
Comment l’édition 2010 de la conférence de printemps de l’Alfi se présente-t-elle?«Au niveau des inscriptions, nous revenons au niveau de 2008, après avoir connu un creux en 2009, dû à la crise et la réduction afférente des budgets auprès de nos membres. En revanche, du côté des sponsors et des stands d’exposition, nous enregistrons une très nette augmentation, même par rapport à 2008. Tous les emplacements que nous avons établis dans le nouveau centre de conférences seront occupés. Cela montre que les budgets sont de retour et c’est évidemment un réel signe positif d’évolution.»

1274.2205 

Publier un nouveau commentaire