Plombée par l’échec de l’injection de capital de 1,5 million d’euros espérée fin 2009 (lire ICI), Jamendo, la plate-forme luxembourgeoise de téléchargement gratuit et légal de musique en ligne avait été à deux doigts de mettre la clé sous la porte au mois de janvier. Son sauvetage a finalement été concrétisé la semaine dernière, grâce à Musicmatic, société belge (également présente en France et en Espagne) spécialisée dans la création et la diffusion d’univers sonores personnalisés pour les réseaux de distribution et de franchise.
Dans les faits, Musicmatic, qui est un des clients de Jamendo, reprend les parts jusqu’alors détenues par Mangrove Venture Capital, actionnaire «historique» de Jamendo qui détenait, concrètement, un peu plus de 50% du capital, mais était, potentiellement, majoritaire à près de 80% en tenant compte de prêts non encore exercés. Le montant de cette acquisition n'a pas été communiqué.
Dans le même temps, Musicmatic, mais aussi les fondateurs de Jamendo, injectent ensemble quelque 500.000 euros pour assainir la société et lui permettre de se relancer, mais sur une base «allégée». Ainsi, la société ne va désormais plus compter que 7 employés. Ils étaient 25 au début 2009 et il en restait encore 15 en décembre dernier, lorsque les lettres de licenciement ont été envoyées.
Nouveau CEO
«En tant que fondateur et actionnaire, notre position est un peu plus intéressante qu’elle ne l’était auparavant», explique Laurent Kratz, le CEO de Jamendo… ou plutôt le désormais ex-CEO, puisque la restructuration ainsi actée implique l’arrivée d’un nouveau chief executive officer en la personne d’Alexandre Saboundjian, le PDG de Musicmatic. M. Kratz reste administrateur, mais ne possède désormais plus de responsabilités opérationnelles. Sylvain Zimmer et Pierre Gérard, les deux autres associés fondateurs, conservent, pour leur part, un rôle opérationnel, mais seul le premier nommé siège encore au conseil.
«Nous avons beaucoup appris pendant cette période difficile, note M. Kratz. Ce sauvetage montre en tous les cas que le business model était avéré. En l’espace d’un mois et demi, nous avons reçu pas moins de cinq offres réelles et concrètes. Nous savions que Jamendo ne valait pas forcément les 8 millions d’euros de sa valorisation, mais elle ne valait pas non plus zéro euro. Nous avons su faire ce qu’il fallait pour continuer l’aventure. Nous savons qu’il est possible de vendre à très bas coût de la musique que nous garantissons hors répertoire et qui permet de ne pas devoir payer les sociétés de collecte.» Un exemple? Le groupe allemand Rammstein vient récemment de signer avec Jamendo pour la fourniture de musiques qui seront diffusées, le soir de leurs concerts, entre le groupe passant en première partie et leur propre spectacle. Jusqu’alors, c’est la Gema (die Gesellschaft für musikalische Aufführungs, l’équivalent de la Sacem outre-Moselle) qui collectait les droits de diffusion de l'intermède musical jusqu'alors proposé.
«Jamendo fait entre 30.000 et 50.000 euros de chiffre d’affaires par mois. Avec un peu moins de 100.000 euros, nous atteindrons le break even très vite», indique M. Kratz.
