La cité, plus que jamais capitale du Sud, entend poursuivre son développement. Pour tous. Et pas seulement autour du centre universitaire.
Esch-sur-Alzette revient de loin. Et la deuxième ville du pays veut poursuivre sa marche en avant. «En 2000, il fallait remettre Esch sur la carte du pays. Notre ville, plutôt délaissée, était alors en perte d’identité et de confiance. Nous étions trop repliés. Nous devions redorer le blason, produire un saut qualitatif global.» Lydia Mutsch, députée-bourgmestre LSAP, tient le rôle de l’emblématique chantre d’Esch, capitale du Sud. Et elle peut se targuer d’avoir eu le soutien de toute son équipe en vue de redonner des ambitions à la ville qu’elle dirige depuis juin 2000. Et grâce, à la fois, au principe de décentralisation et de politique concertée, «voulue par tous les acteurs à tous les niveaux», l’éclosion du «petit miracle» de Belval a eu lieu: 150 ha portés par le projet d’installation de l’Université. «La locomotive tant attendue était sur les rails. Et en 2006, pour son centenaire, Esch pouvait montrer le visage d’une ville bien relancée par la roue de l’histoire.»
Esch-Belval est devenu un projet phare, montré en exemple bien au-delà du Luxembourg, avec notamment un intérêt très marqué sur le versant français. Et un projet qui recueille l’unanimité au sein du conseil communal. Pourtant, il demeure des appréciations diverses sur la dualité vis-à-vis du cœur de ville. «C’est un quartier à part entière, élaboré avec des lignes et des exigences nouvelles, commente l’échevin Félix Braz (Déi Gréng), partenaire de la majorité sortante. Belval Ouest donne une impulsion massive à la ville et à toute une région. On est dans un aménagement mixte et coordonné, qui accueillera 20.000 personnes en journée et établira une jonction cohérente, d’Esch à Sanem.»
«C’est le maillon central d’une chaîne entre Micheville et Terres Rouges», ajoute Lydia Mutsch, qui se dit «toujours mal à l’aise» quand on lui parle d’une ville nouvelle, parfois comparée à Louvain-la-Neuve en Belgique. «Nous préférons parler du Quartier Université. Et en attendant que l’Uni, les CRP, la cité des sciences et le lycée soient opérationnels, on a installé des services, les pôles culturels et commerciaux, on a prévu les logements, la mobilité, un aménagement urbain durable. Il faut surtout éviter de créer un îlot prospère avec une région dégradée autour.»
Pour Félix Braz, la success story est bien inscrite dans son environnement, avec des exigences énergétiques exemplaires: au départ de la centrale TGV (turbine gaz vapeur), les habitations, les bâtiments publics, la ZARE (Zone d’activités régionale Ehlerange) sont desservies avec un réseau urbain à haut rendement, pour des milliers de tonnes de CO2 économisées. Et l’échevin vert de balayer d’un revers le fantasme du «tout à Belval»: «au contraire, nous avons investi en ville et cela se voit, autour de l’hôtel de ville, place du Brill… Les phases annoncées sont terminées ou en bonne voie de l’être.» Il insiste aussi sur les investissements réalisés en sous-sol, avec une réduction drastique du niveau de fuites sur le réseau d’eau, passé de 30% en 2000 à 9% aujourd’hui («Un score rarement vu ailleurs», se réjouit-il), mais aussi une alternative en alimentation électrique et l’installation d’un réseau de fibre optique.
Après 17 ans de présence au conseil, M. Braz ne briguera pas, cet automne, de nouveau mandat. «Mais je me réjouis de voir Esch dans dix ans, avec une population rajeunie, un centre dynamique irrigué par le succès de Belval et des projets connexes. La façon d’y vivre va se modifier, mais ce sera pour le bien-être de tous.»
De nouvelles perspectives
Une vision à laquelle Lydia Mutsch adhère évidemment. Forte de 31.000 habitants, la ville pourrait atteindre le cap des 40.000 à l’horizon 2020 et sa première magistrate peut compter sur cette véritable «entreprise professionnelle» que représente le service communal, avec un millier de personnes au service des citoyens. Et de rappeler qu’en l’espace de dix ans, Esch a investi plus de 70 millions d’euros dans les écoles et les infrastructures. «La population va se renouveler, dans une plus grande mixité de fonctions. Il y aura d’autres besoins. Esch a un taux de chômage de 11%: c’est un chantier prioritaire que d’apporter des nouvelles perspectives d’emploi et de logement», prévient la bourgmestre.
Marc Baum (Déi Lénk) rebondit. «Esch, par sa structure sociologique, reste une ville ouvrière. Le chômage a atteint le niveau le plus élevé depuis la fin de la guerre! Le développement de ces dernières années est marqué par un profond clivage, entre un progrès urbain apparent et la précarisation flagrante d’un nombre important de citoyens.» Il y voit la responsabilité politique de la coalition en place, «qui a baissé l’impôt commercial, mais haussé les taxes sur les immondices, l’eau ou l’égouttage…»
Pour lui, l’enjeu est clair: «la cohérence sociale», qui passe par «des investissements majeurs dans l’éducation». En gros, le slogan pourrait être: «avoir une université oui, mais alors il faut que les jeunes Eschois puissent y aller». Il défend donc une école de la deuxième chance, un intérêt plus marqué pour l’école fondamentale, des mesures pour le logement accessible.
Cela étant, Marc Baum, comme tous les responsables locaux, fait de Belval un enjeu colossal: «le fait que l’Université du Luxembourg ouvre ses portes à Belval en 2014 sera d’une importance pour le développement de la ville qui n’est comparable qu’avec la mise en marche du premier haut fourneau il y a 100 ans. Mais il existe un grand danger que Belval soit déconnecté du reste d’Esch, géographiquement et sociologiquement.»
A l’évidence, Belval est plus qu’un fil rouge. «Tout le monde est d’accord là-dessus», note Pierre-Marc (alias Pim) Knaff, qui plaide pour le DP. «C’est un fabuleux projet. Nous y contribuons tous. Il faut maintenant bien relier ce quartier à la vieille ville.»
Pim Knaff est aussi chagriné par la désertification du Esch by night. «Un beau parking dans le centre, c’est parfait. Mais il est fermé à 22h. Là, c’est une idiotie qui tue toute la vie nocturne. C’est quand même aberrant d’imaginer une capitale de région et cité universitaire qui se vide le soir, au profit de Differdange ou de Luxembourg!»
Une évolution capitale
Pour le DP, c’est vital: Esch doit rester attractive. «Pour l’instant, à moins de s’enfouir la tête dans le sable, on ne peut que constater qu’Esch fait peur. Il y a un sentiment d’insécurité bien réel.» Dans son programme, le parti libéral suggère des caméras de surveillance en ville et une lutte contre la délinquance. «Elle est fortement liée à la consommation de drogues. Nous proposons un centre thérapeutique spécifique.»
Pim Knaff souhaite une mixité sociale, mais réclame un «rééquilibrage»: «Esch draine un public attiré par la politique sociale, une politique qui va trop loin et pèse la moitié du budget de la ville. Belval est une opportunité à saisir pour modifier la structure de la population. Et faire en sorte que cette population nouvelle n’ait pas besoin de chercher ses besoins ailleurs.»
Principal parti d’opposition, le CSV de François Maroldt reconnaît l’évolution de la ville mais se méfie des «dépenses ostentatoires» et de la «politique d’emprunts massifs», auxquelles il préfère la gestion en bon père de famille. Particularité de la campagne du parti chrétien social eschois: «il n’y a pas de tête de liste, mais une liste de têtes», dixit le président Biltgen… André Zwally et Carlos Guedes, tous deux candidats, apportent une vision collégiale.
Sans ambiguïté, le défi de Belval doit être relevé et lié au centre. «Il faudra aussi prévoir une offre culturelle et de loisirs de qualité pour l’ensemble des occupants de cette nouvelle cité. Esch doit redevenir la véritable capitale économique et culturelle du Sud, également capitale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette ville a un potentiel, humain et territorial, énorme. Il doit être utilisé à bon escient!» Fondamentalement, le CSV entend «rendre la ville aux citoyens, qui ont le droit légitime à la codécision politique».
«L’évolution doit se faire en parallèle et en concertation», conclut Lydia Mutsch, souvent cible des discours musclés, «pour anticiper, gérer et faire en sorte que tout le monde profite du développement.»
Mobilité - Bien choisir ses voies
Esch et Belval reliés efficacement à Luxembourg, aux pays voisins et entre eux… La cause à voies multiples fait l’unanimité. Et chaque fraction a ses options favorites.
Pour les Verts (Félix Braz), «les plans de mobilité ont prévu les gares de desserte, les lignes, le tram qui reliera la capitale. On est, pour les transports en commun, dans une logique de split 60/40, ce qui va bien plus loin que le 75/25 visé par l’Etat!»
Pour Marc Baum (Déi Lénk), il faut absolument «éviter que Belval soit déconnecté du reste d’Esch». C’est aussi l’avis de Pim Knaff (DP), pour qui «les accès sont encore laborieux, par la route ou par le rail. Il ne suffit pas d’avoir une belle gare! Il faut améliorer la fluidité du trafic, sur l’axe entrée de ville-gare-frontière. Un tunnel semble être une voie raisonnable.»
Le CSV plaide globalement pour une «mobilité adaptée, par le rail, la route et les sentiers cyclo-pédestres». Quant à Lydia Mutsh, elle valide le tout: «Esch sera plus que jamais la ‘ville des courts chemins’, avec des déplacements et une qualité de vie améliorés. On a préparé tout ça, c’est en cours.»
