| Gildas Royer : « Le jour où j’ai retrouvé mes vins, j’ai arrêté de courir après le voleur. » |
| (Photo : David Laurent/wide/archives) |
Communication | Par: Nicolas Raulot | Publié le 20.02.2012 15:41
Happy end pour In Vino Gildas
Gildas Royer a retrouvé ses grands crus et le sourire. Les pépites qui lui avaient été subtilisées en novembre ont été retrouvées chez un grossiste du nord de Londres. Ce dernier a accepté de lui en restituer la moitié.
Le mois dernier, le sommelier de la rue du X septembre en voulait un peu à la terre entière. Encore sous le choc de l’arnaque dont il avait été victime quelques semaines plus tôt.
Se faisant passer pour Yaya Touré (finaliste de la dernière coupe d’Afrique des nations avec son équipe de Côte d’Ivoire), un bandit avait réussi à lui soutirer une trentaine de grands crus classés.
En quelques coups de fil et quelques fax, le faux footballeur de Manchester City, appuyé par un faux agent et un faux banquier de la Barclays, avait réussi à convaincre le sommelier de In Vino Gildas de lui envoyer de bonnes bouteilles à Londres pour célébrer une fête. Elle n’aura jamais lieu. Et l’argent promis n'arrivera jamais au Luxembourg. Préjudice : 26.000 euros.
Si le caviste n’a pas baissé les bras, ce n’est pas par la voie traditionnelle qu’il est parvenu à ses fins. Les pistes judiciaire et policière n’ont pas donné les résultats escomptés, malgré les frais engagés au Grand-Duché et à Londres. « La première chose que j’ai faite a été de déposer une plainte au parquet de Luxembourg. Mais, j’ai très vite compris que ça n’avancerait pas », indique Gildas Royer.
Trois ou quatre heures par jour
C’est grâce à ses relations et… à la presse que le caviste a fini par trouver une solution.
« J’ai mis en place tout un réseau à Londres. Cela a représenté un travail incroyable. J’y ai consacré trois ou quatre heures par jour pendant trois mois. J’ai commencé par faire appel à un client de Partytecture, une société d’événementiel haut de gamme qui travaille pour de grandes entreprises et avec qui j’avais déjà organisé des événements corporate à Londres. »
Ce contact l’a alors mis en relation avec un certain Jim Budd, journaliste indépendant et reporter freelance pour Decanter, un magazine de référence pour les professionnels du vin. Dans son article, le journaliste livre le descriptif complet des vins dérobés : 10 bouteilles de Ausone 2006, six bouteilles de Ausone 2007, trois bouteilles de Château Latour 2005, sept bouteilles de Château Latour 2004, deux bouteilles de Château Lafite 2008, une bouteille de Château Margaux 2005 et une bouteille de Pétrus 1976.
Après l’avoir lu, le marchand de Londres, dont Gildas Royer préserve l’anonymat, appelle le journaliste. Il reconnaît avoir fait l’acquisition d’une caisse de Ausone à un inconnu, sans doute le voleur ou un de ses proches. Le grossiste a acheté le vin à 300 euros la bouteille, soit au tiers de sa valeur environ. Les conditions de cette acquisition restent obscures.
Une affaire trop belle
« Je suis alors moi-même entré en contact avec ce marchand de vin mais la communication est très vite devenue difficile. Il s’en est suivi une petite bataille juridique. Mon avocat anglais, qui appuyait les arguments de mon avocat luxembourgeois, faisait valoir que le vin avait été acquis au tiers de sa valeur », raconte Gildas Royer. Une affaire trop belle pour être vraie.
« Un acheteur de grand cru se doit d’être certain de la provenance des bouteilles de vin. Car la qualité du stockage est essentielle pour la qualité du vin. On achète un grand cru à une personne de confiance, pas sur Internet, ou à un inconnu. »
Finalement, sous la pression, le marchand de vin reconnaît fin janvier avoir acquis tous les vins qui ont été volés à Gildas Royer.
« Le jour où j’ai retrouvé mes vins, j’ai arrêté de courir après le voleur. Il y a dix jours j’ai proposé au grossiste de Londres de partager les pertes. Comme on s’était fait escroquer tous les deux, on s’est mis d’accord. Il fallait faire vite avant que les bouteilles ne partent dans la nature, car le vin avait déjà été prévendu à des clients chinois. C’était à deux jours près. Ils étaient déjà en partance. »
Au final, cette arnaque restera pour Gildas Royer une belle aventure humaine et une véritable leçon de vie. « Je suis resté proche de Jim Budd aujourd’hui. J’ai compris à quel point le réseau était important. C’est grâce au réseau que je m’en suis sorti. Cet événement a fait ressortir beaucoup de qualités humaines dans mon entourage. Vous n’imaginez pas combien de relations, de clients, de fournisseurs, m’ont apporté leur soutien, suite à l’article de paperJam. »
Regonflé à bloc, Gildas Royer est bien décidé à rebondir. Le sommelier ira à Bordeaux en avril pour acheter les primeurs 2011, des Margaux, des Latour, des Ausone... « Les prix vont baisser de façon sensible cette année, car la demande chute sur certains nouveaux marchés, comme la Chine. Ils ont payé tellement cher les millésimes 2009 et 2010… ». Les Chinois aussi en ont assez de se faire arnaquer.
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