| Le club sportif bavarois TSV Heiligkreuz participe au Chiemgauer. |
| (Photo: TSV Heiligkreuz) |
Luxembourg | Par: Jean-Sébastien Zippert - Etika | Publié le 29.08.2011 7:00
La revitalisation d’un territoire passe aussi par une monnaie locale
Les premières pièces de monnaie ont été frappées dès 610 avant Jésus-Christ: elles furent inventées pour servir de valeur d’échange permettant de faire transiter des biens et des services sans passer par le troc. La monnaie est également une réserve de valeur et une unité de compte: nous verrons plus loin que ces caractéristiques ont une importance de premier plan dans les monnaies locales. Mais revenons à l’histoire: les accords de Bretton Woods avaient institué le dollar américain comme référence de base pour toutes les autres monnaies (c’est-à-dire que toutes les monnaies s’apprécient par rapport à ce dollar), la quantité de dollars émise par les Etats-Unis étant fonction de leurs réserves en or. En décidant unilatéralement en 1971 la fin de la convertibilité dollar-or, Nixon a fait voler cet équilibre en éclat, avec pour corollaire la possibilité pour les Etats-Unis de création monétaire illimitée, qui leur a permis de vivre à crédit avec l’épargne des autres nations.
Ce fut une des causes qui permirent une spéculation massive sur les devises avec les dérives que l’on sait et les innombrables catastrophes qui s’ensuivirent. Quand une monnaie perd la confiance d’une population, comme ce fut le cas de l’Argentine en 2001, c’est toute l’économie d’un pays qui s’écroule. Les Argentins conservaient intact leur appareil de production, mais ne pouvaient plus utiliser le peso qui avait perdu toute sa valeur: c’est dans ce contexte de crise que certaines communautés décidèrent alors de créer une monnaie locale, généralement limitée à un territoire assez petit.
D’autres expériences de création de monnaies locales et sociales n’ont pas attendu de crise majeure pour prospérer: on parle dans ce cas de monnaies complémentaires, dans la mesure où elles s’ajoutent à la monnaie légale qui a cours dans le territoire. Nous pouvons citer le cas du Chiemgauer en Bavière, du SOL en France, etc. Ces monnaies ont pour point commun d’être fondantes, c'est-à-dire que leur caractéristique de réserve de valeur diminue (comme dans le cas d’une inflation) si leur propriétaire les thésaurise au lieu de les faire circuler dans le circuit économique, ce qui dynamise du coup l’activité: les commerces, artisans et entreprises qui acceptent cette monnaie constatent une augmentation de leur chiffre d’affaires avec la population locale et se voient moins enclins à délocaliser leur production. Les circuits courts entre producteurs et consommateurs sont privilégiés, ce qui diminue également les émissions de CO2. L’autre avantage est de rendre plus visible l’économie informelle de personnes privées d’emploi qui peuvent valoriser leurs compétences vers une population plus large que leur cercle social. Certaines monnaies, comme les Ithaca Hours à New York, prennent comme unité de compte le temps: l’unité de compte correspond à une heure de temps passé (ex: une heure de cours de cuisine est équivalente à une heure de peinture).
Contrairement à ses voisins, le Luxembourg n’a pas encore mis en place de monnaie locale. Les choses sont cependant en train de changer: la commune de Beckerich a créé un groupe de réflexion pour lancer sous peu une monnaie locale active dans le canton de Rédange: gageons que cette initiative va inspirer d’autres collectivités dans un avenir proche, surtout si nous devions trouver un successeur à l’euro, qui connaît actuellement quelques difficultés…

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