| Le député CSV Robert Weber, président du LCGB et président de l’asbl ProActif, est sur tous les fronts. |
| (Photo: Luc Deflorenne/archives) |
Luxembourg | Par: Alain Ducat | Publié le 29.09.2011 16:13
LCGB et ProActif: un audit qui sent le soufre
Une petite bombe, qui frappe en pleine tête le très influent syndicat LCGB, par le biais d’un de ses avatars, l’asbl ProActif. La radio 100,7 a dégainé en premier, diffusant quelques éléments choisis d’un audit qui n’a pas fini de faire du bruit. Il doit être présenté et commenté officiellement ce vendredi, à la Chambre, par Nicolas Schmit, successeur de François Biltgen au ministère du Travail et de l’Emploi.
Cet audit, commandité par l’Etat, met en lumière des pratiques à tout le moins douteuses de l’asbl, dont le but extrêmement louable est, depuis sa création par le LCGB en 1998, de lutter contre le chômage en encadrant et soutenant des demandeurs d’emploi. L’asbl organise des formations, met en place des services, de crèche notamment, afin, d’une part, de réinsérer des demandeurs d’emploi via ces activités et, d’autre part, d’apporter des services de proximité, à prix coûtant s’agissant d’une association sans but lucratif.
Précision, à classer entre utile et futile dans le contexte où explose l’affaire: «L’association est neutre des points de vue politique, idéologique et religieux», dit le point 5 de ses statuts.
Charges gonflées
Selon les bonnes feuilles de l’audit, l’examen des documents comptables de l’asbl ProActif, entre 2005 et 2010, révélerait des charges artificiellement gonflées. On évoque par exemple des coûts de nettoyage et de maintenance, attribués à des prestataires extérieurs, alors que des salariés de l’association s’en seraient occupés en interne. Même type de «raisonnement» pour des repas servis en crèches: des repas parfois faits maison pour les enfants mais dont le prix était demandé aux parents et, en même temps, payé par l’Etat, qui subventionne largement l’asbl. En gros, des frais payés deux fois, dont une par le contribuable.
Des chiffres? La radio socioculturelle, qui se base sur les données mises au jour par les experts dans l’audit, évoque un cumul de 393.000 euros de dépenses supplémentaires, rien que pour 2005. Ce type de pratiques a semble-t-il connu un coup de frein depuis 2006. Mais le total des sommes a priori indûment versées par l’Etat sur base des comptes de ProActif atteindrait 2,4 millions d’euros… Une ardoise lourde. Une sacrée tuile!
Contexte explosif
En soi, cette affaire a déjà des allures de brûlot, surtout si l’on pense, par exemple, aux liens évidents entre ProActif et le LCGB. En pleine chaleur de la Tripartite, c’est gênant. En pleine campagne électorale aussi.
Car le LCGB n’est peut-être pas l’antichambre du CSV, mais il y a des ponts, comme le très large financement par l’Etat, de l’association, née et défendue sous le ministère de François Biltgen, que l’on sait proche du syndicat chrétien. Avec d’éminents députés CSV qui sont dans l’actualité du LCGB et de ProActif – Aly Kaes et Robert Weber, entre autres -, ce ne sont plus des ponts mais des viaducs.
Ainsi, Robert Weber, l’homme fort du LCGB, est aussi le président de ProActif, et un député CSV qui brigue le siège de bourgmestre, d’ici quelques jours, dans sa commune de Roeser. Cela fait beaucoup, ajouté au contexte, déjà explosif en soi, d’un LCGB en restructuration, telle une entreprise en difficulté. Les dettes ou ennuis de son asbl ne vont évidemment rien arranger...
Deuxième lame
Robert Weber a réagi lors d'une conférence de presse organisée à 15 heures 30. Il s'est dit surpris et a rappelé le contexte électoral et politique du moment. Il a souligné que pas un seul membre dirigeant de l'asbl ne touchait le moindre euro.
Le LCGB et ProActif ne devront pas essayer de se dissocier dans l’histoire. Pour plusieurs raisons. «Nier tout lien structurel entre ProActif et le LCGB est absurde.» C’est un jugement qui le dit, prononcé il n’y a pas si longtemps, en audience publique du vendredi 18 avril 2008. «Il n’est pas non plus contesté que Robert Weber et Aly Kaes sont respectivement président et vice-président, à la fois du LCGB et de ProActif. Le LCGB avait par ailleurs signé avec ProActif une convention aux termes de laquelle ProActif devait assumer la gestion du patrimoine immobilier du LCGB», notait encore le jugement de 2008. Dans quel cadre? L’affaire portée devant le tribunal concernait la publication, dans Den Neie Feierkrop, l’hebdomadaire satirique luxembourgeois, en 2006, d’une volée de textes, appuyant sur une autre affaire. Qui résonne aujourd’hui d’une autre tonalité.
Car ProActif avait déjà été expertisée. Des auditeurs d’Ernst & Young avaient épluché les documents de la toute jeune asbl, à l’époque, soit au tout début des années 2000. Le soupçon portait alors sur d’autres pratiques, salariales celles-là: du personnel LCGB se retrouvait officiellement payé par l’asbl sœur. C’est donc l’Etat qui, en subventionnant ProActif, payait tout ou partie du salaire de cadres du LCGB…
L’audit actuel, ses révélations surtout, et tout ce qui pourra en découler, en termes judiciaires, financiers ou politiques, font office de deuxième lame. Il faudra voir qui va subir le feu du rasoir…
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